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	<title>La Véranda - Maison Verte</title>
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		<title>«  Dire non au petit enfant, l’autorité en question »</title>
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		<pubDate>Tue, 01 May 2012 20:55:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>La Véranda</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>

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		<description><![CDATA[Soirée à thème du lundi 14 mai, à 20 heures, à La Véranda. La civilisation, n’est pas un fait de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h2>Soirée à thème du lundi 14 mai, à 20 heures, à La Véranda.</h2>
<h2 style="text-align: center"></h2>
<p>La civilisation, n’est pas un fait de naissance ,   aucun enfant ne nait civilisé, il le devient. L’enfant, au début de sa  vie est dominé par le pulsionnel : Il veut quelque chose, il le prend.  Il est habité par des envies et ses envies sont irrépressibles ( il est  dominé par le principe de plaisir).</p>
<p>La  tâche des parents consiste donc à s’opposer à ce fonctionnement  pulsionnel initial de l’enfant.  C’est une transformation progressive,  mais énorme, car il va falloir abandonner la toute puissance et le  principe de plaisir et en passer par la loi commune à laquelle l’adulte  est aussi soumis .</p>
<p>L’éducation,  c’est ce qui permet à l’enfant de devenir véritablement humain, de  sublimer ses pulsions pour avoir accès à la culture.</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Fermeture pour les fêtes</title>
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		<pubDate>Tue, 06 Dec 2011 18:25:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>La Véranda</dc:creator>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>

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		<description><![CDATA[La Véranda sera fermée la semaine entre Noël et le Nouvel An soit du lundi 26 au vendredi 30 décembre [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La Véranda sera fermée la semaine entre Noël et le Nouvel An soit du lundi 26 au vendredi 30 décembre 2011.</p>
<p>&nbsp;</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Soirée à Thème</title>
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		<pubDate>Tue, 06 Dec 2011 18:20:39 +0000</pubDate>
		<dc:creator>La Véranda</dc:creator>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>

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		<description><![CDATA[L’incidence des secrets de famille sur le jeune enfant Débat, à partir d’une projection vidéo, de ce fait de société Lundi [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h1 style="text-align: center"><strong>L’incidence des secrets de famille sur le jeune enfant</strong></h1>
<p style="text-align: center"><span style="font-size: small">Débat, à partir d’une projection vidéo, de ce fait de société</span></p>
<h2 style="text-align: center"><strong> Lundi 12 mars 2012</strong></h2>
<p><span style="font-size: small">Dans nos locaux situés au <a href="http://maps.google.fr/maps?q=5+all%C3%A9e+Paul+F%C3%A9val&amp;oe=utf-8&amp;rls=org.mozilla:fr:official&amp;client=firefox-a&amp;um=1&amp;ie=UTF-8&amp;hq=&amp;hnear=0x478a8b4f0e1f195d:0x1308ab2aea71a480,5+All%C3%A9e+Paul+Feval,+38130+%C3%89chirolles&amp;gl=fr&amp;ei=sFzeTvzWKqfE4gS1mJHIBg&amp;sa=X&amp;oi=geocode_result&amp;ct=title&amp;resnum=1&amp;ved=0CCcQ8gEwAA">5 allée Paul Féval</a> de 20h à 22h, </span>Entrée libre</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><span style="font-size: small">Pour venir en tram :arrêt La Rampe, Hôtel de Ville</span></p>
<p>En Voiture : Sortie Rocade N°7 et suivre Echirolles centre. Prendre l’avenue du 8 mai 1945, et après le carrefour de la rampe, tourner dans la 1ère rue à droite.</p>
<p>Pour tout renseignement :04-76-33-08-13 <span style="font-size: small"><strong> </strong></span></p>
]]></content:encoded>
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		<title>Nouveau site !</title>
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		<pubDate>Sun, 18 Oct 2009 09:35:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>La Véranda</dc:creator>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>

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		<description><![CDATA[Bienvenue sur notre tout nouveau site ! La Véranda remet à neuf son site, devenu obsolète. Désormais, le forum a [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Bienvenue sur notre tout nouveau site !</p>
<p>La Véranda remet à neuf son site, devenu obsolète. Désormais, le forum a disparu et toutes les dernières informations se retrouvent ici.<br />
Si vous avez des questions ou des commentaires, n&#8217;hésitez pas !</p>
<p>A bientôt.</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Actes du colloque 3</title>
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		<pubDate>Fri, 25 Sep 2009 11:53:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>La Véranda</dc:creator>
				<category><![CDATA[Page privée]]></category>

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		<description><![CDATA[Intervention de Monsieur Guy ROUVEYRE Mesdames, Messieurs, Permettez-moi tout d’abord d’excuser notre Maire Renzo Sulli, qui ne pouvait être là [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Intervention de Monsieur Guy ROUVEYRE</p>
<p>Mesdames, Messieurs,</p>
<p>Permettez-moi tout d’abord d’excuser notre Maire Renzo Sulli, qui ne pouvait être là aujourd’hui, retenu pour 2 jours dans une réunion à Montpellier.</p>
<p>En fêtant aujourd’hui les 20 ans de la Véranda, nous fêtons 20 ans de partenariat sans faille, entre la Ville et l’association pour un lieu de paroles parents-enfants (ALPPE).</p>
<p>Depuis 20 ans, bien des collaborations, des projets, des actions et des moments d’échanges et de réflexions ont pu être menés et partagés.<br />
Depuis l’origine du projet ou la Ville d’Echirolles a pu vous accueillir à la Villa Elie Blanchet jusqu’à aujourd’hui ou vous êtes installés dans le nouveau Centre Ville : installation que nous avons pu fêter en 2004 déjà, je peux dire que nous avons fait ensemble un long chemin qui nous a qualifié sur la relation parents-enfants certes, mais qui nous a permis par ailleurs de faire avancer le regard sur l’enfant et sa place dans la cité. </p>
<p>L’essentiel bien sûr, au regard des premières années d’existence de la véranda et des multiples démarches que nous avons du entreprendre ensemble : à la Fondation de France par exemple, auprès du Conseil général ou de la CAF, c’est bien d’avoir pu également pérenniser votre existence et notamment les financements qui permettent encore aujourd’hui d’assurer votre fonctionnement. </p>
<p>C’est également que le travail que vous avez fait auprès de centaines de communes du département, est devenu une référence dans le champ de l’accompagnement de la fonction parentale, de la prévention précoce et de la relation.<br />
La Véranda qui s’inscrit dans la démarche de Françoise Dolto sur le modèle des maisons vertes aide les parents et les enfants à comprendre et à construire cette relation.<br />
C’est un lieu où les parents peuvent librement poser leurs questions, leurs craintes, leurs angoisses aussi parfois, autour de ces petits êtres qui changent leur vie.</p>
<p>Les professionnels de la Véranda sont là pour les écouter, les guider, les aider à répondre aux questions qu’ils se posent et aussi résoudre des difficultés précoces avant qu’elles ne génèrent des problèmes plus importants.</p>
<p>La Véranda permet aussi à l’enfant de se socialiser, d’expérimenter sa relation aux autres à travers des jeux, des échanges et aussi de pouvoir exprimer lui aussi ses inquiétudes et problèmes éventuels.<br />
La Véranda, ce sont également des professionnels d’horizons divers investis dans une association l’ALPPE, qui oeuvrent à apporter de l’information aux professionnels de la Petite enfance mais également au grand public, grâce à des soirées thématiques au cours desquels des thèmes aussi importants, dans notre société d’aujourd’hui, que les punitions, les limites , l’autorité ou aussi diversifiés que l’hyperactivité de l’enfant ou l’arrivée d’un enfant différent sont abordés.<br />
Le travail fait à la Véranda n’est pas isolé. Il s’inscrit dans la vie locale, sociale et dans une chaîne éducative qui se joue tout au long de la vie de l’enfant, dans sa famille, à l’école, dans les structures pour la jeunesse (culturelle, ludique ou sportive).<br />
Cette chaîne éducative nous essayons, de là où nous sommes, de la faire vivre.<br />
Ce n’est pas simple, il faut le dire ! Mais nous nous y efforçons. C’est en enjeu essentiel de notre société.</p>
<p>C’est pourquoi je disais tout à l’heure que votre travail nous qualifiait.<br />
Nous essayons d’en tirer tous les enseignements, pour impulser d’autres politiques, proposer de nouvelles orientations, pour faire mieux en tout cas dans la réussite du parcours éducatif des enfants et des jeunes.<br />
Nous essayons également de faire mieux pour les parents au travers de nouveaux projets, je pense à celui de la Maison des Parents qui nous tient à cœur et auquel vous avez participé depuis bientôt 2 ans.<br />
Comment en effet être présent auprès des familles au delà de la Petite Enfance, offrir d’autres lieux ressources, ou construire avec les familles des actions d’accompagnement de la fonction parentale ?<br />
On devient parent bien souvent sans autre préparation que l’exemple de ses propres parents, aussi la Solidarité implique de l’aide et de l’entraide dans cette tâche sous les formes les plus multiples.</p>
<p>Plutôt que de parler de parents « défaillants » reconnaissons l’importance et les compétences de chacun et mettons en œuvre des moyens pour soutenir et œuvrer avec les parents dans l’exercice difficile de leur fonction éducative.<br />
Mais bien sûr, nous ne sommes pas seul décideur, il y a beaucoup d’autres acteurs à convaincre, de nouvelles pratiques à initier notamment en laissant aux parents toute leur place et en cela, la démarche de participation habitante que la ville porte, a tout son sens. </p>
<p>Par ailleurs, je ne peux m’empêcher de m’interroger sur l’adéquation de notre société avec l’ambition qui est la nôtre pour ces enfants.<br />
Je ne veux pas me livrer ici à une critique exhaustive de notre société.<br />
Ce n’est pas le meilleur lieu pour le faire.</p>
<p>Mais tout de même, comment peut-on se construire durablement dans un monde si incertain et instable où la valeur prioritaire n’est plus l’homme et le vivre ensemble, mais l’individu et l’argent ?<br />
Dans un monde où les parents justement sont sans cesse confrontés au changement, à l’instabilité professionnelle, sociale, géographique.<br />
Je vais m’arrêter là, mais je suis sûr d’une chose, il faudra un jour changer cela.<br />
Nous avons le devoir pour nos enfants d’inventer une autre société.<br />
Dans ce contexte, je ne peux que souligner la nécessité de votre travail et le dévouement que vous y apportez.<br />
Je veux vous assurer à ce titre du soutien de la Ville, comme également à mon titre de conseiller général de celui du Conseil Général.<br />
Je vous remercie sincèrement pour tout le travail que vous faîtes.</p>
<p>Bon anniversaire et bonne journée !</p>
<p>IV. Sur les traces du futur</p>
<p>Par Délia STEINMANN</p>
<p>Je remercie les organisateurs de cette journée pour m’avoir invitée à rendre mon hommage à La Véranda, aux professionnels qui y travaillent et à la mission qui s’y accomplit.<br />
« On ne peut rendre hommage qu’en parlant de soi-même », m’avait dit un jour un collègue auprès de qui j’exprimais mon regret d’avoir à parler de moi pour expliquer ce qu&#8217;était la psychanalyse lacanienne en Argentine, mon pays d’origine.<br />
J’ai par la suite compris ce que sa phrase voulait dire. L’hommage ne peut se faire qu’à situer très modestement le point d’énonciation d’où il émane : un être parlant qui exprime une forme singulière de respect et de reconnaissance.<br />
Permettez-moi donc de vous dire que le souvenir de la naissance de La Véranda est, pour moi, une grande source d’émotion. À l’époque où j’ai appris que ce lieu allait voir le jour, je me trouvais dans la même situation que les enfants qui, quelques mois plus tard, allaient jouer dans ses locaux. En effet, je vivais la fantastique expérience de rencontrer des gens qui nous accueillaient dans ce merveilleux pays, ma famille et moi, en faisant preuve d’une patiente, d’une disponibilité et une générosité sans pareil.<br />
Comme les enfants de La Véranda, j’apprenais à parler français. Comme eux aussi, je provoquais des rires bienveillants et réveillais les vocations pédagogues de ceux qui devenaient, chaque jour un peu plus, des amis très chers.<br />
J’ai ainsi appris qu’en français l’usage des adjectifs exige une grande prudence, car le sens n’aime pas que l’on dérange le bon ordre… J’ai appris alors qu’une « bonne femme » n’était pas forcément une « femme bonne » et qu’une « maison propre » n’était pas nécessairement « ma propre maison ». J’en passe, mais je peux vous assurer que nous avons bien ri…<br />
C’était, comme pour les enfants de La Véranda, une époque de découvertes : la confiance des Français me coupait parfois le souffle. J’ai pu participer à des activités institutionnelles sans qu’aucun CV ne m’ait été jamais demandé !<br />
La Sécurité Sociale veillait sur les petits et les gros pépins des uns et des autres avec un naturel époustouflant.<br />
Les instituts de recherche ouvraient leurs portes à des chercheurs étrangers. J’accompagnais les miens à des soirées où chacun traînait sa nostalgie du pays. Nous nous trouvions entre nous, des étrangers venus de partout, ébahis devant les scientifiques du Vieux Monde : ils s’amusaient à nous faire découvrir que l’humanité de la science la pousse à ressembler à ceux qui la pratiquent. Il y avait donc une science à la française.<br />
Quant aux psychanalystes, ils ont entrepris mon éducation tout de suite : d’abord, il fallait regarder Apostrophes. (Pouvez-vous imaginer la gymnastique mentale qu’il faut à un étranger devant tous ces érudits parlant en même temps ?).<br />
Puis, il s’imposait de lire « Le nouvel obs » (oh le mystère des abréviations de cette langue merveilleuse) et le supplément littéraire du Monde, sans pour autant croire que cette communauté de lectures vous autorisait à tutoyer vos interlocuteurs dès la première rencontre.<br />
Un petit anti-américanisme était de rigueur, ce n’était pas difficile car après tout&#8230; jamais Coca-Cola n’aurait su indiquer l’arrivée de l’automne avec autant de précision que le beaujolais nouveau !<br />
La lecture du dernier Goncourt doublée du visionnage d’un film japonais dans une salle minuscule et poussiéreuse complétait la panoplie indispensable pour les sorties du soir. Ils étaient à commenter sans excès, car la culture est comme la confiture, moins on en a… etc.<br />
Je peux vous le dire aujourd’hui : la joie de tous ces apprentissages n’avait de pareil que le sentiment émerveillé d’avoir affaire à des personnes libres, ne craignant nullement la disparition de ce trésor précieux : leur liberté ! Ils s’étaient habitués à garder cet oiseau palpitant entre leurs mains et croyaient en sa fidélité, en son attachement à la maison, en son réveil aux matins de chacune de leurs vies.<br />
Cette liberté leur permettait aussi de comprendre la nécessité de s’occuper de ce qui était en train de changer : ils comprenaient que pour certains, l’autonomie grandissante du noyau familial pouvait devenir solitude, voire isolement.<br />
Ils avaient saisi que le savoir de la psychanalyse les obligeait à lire la réalité autrement, car leur propre cure les avait averti sur l’incontournable anormalité de l’être parlant. Seul le consentement à cette anormalité structurelle permet de ne pas confondre le modèle et la norme, le sujet de l’inconscient et le citoyen. Ainsi, la participation des psychanalystes à La Véranda assurait et assure à l’enfant le soutien des adultes pour nouer ou consolider son lien à la civilisation. Cette perspective, maintenue jusqu’à aujourd’hui, demeure fondamentale.<br />
La Véranda a vingt ans. Elle n’échappera donc pas à la révolte que son âge exige.<br />
Et oui, Bernard Pivot est parti à la retraite.<br />
Le Nouvel Obs a fait le procès de la psychanalyse en distillant un poison diffamatoire sur les plus grands praticiens de notre temps.<br />
Les pages – rétrécies- du Monde témoignent des déchirures qui, bien que pressenties, n’ont pas pu être évitées.<br />
Le prix Goncourt s’est vu accusé de plonger ses lauréats dans la dépression… dans le pays consacré premier consommateur d’antidépresseurs d’Europe.<br />
Exsangue, la recherche mène un courageux combat tandis que ses hommes nous demandent de la sauver.<br />
La grande dame Sécu saigne péniblement dans la perspective vertigineuse de tomber elle-même dans le trou où résonne la voix des plus démunis.<br />
Les jeunes psychologues, les jeunes psychiatres, venus de loin et désireux d’aimer ce pays, doivent commencer par présenter leurs « papiers ! » avant toute tentative d’approcher la souffrance des autres, qu’ils veulent, par vocation, soulager.<br />
C’est « maison propre », de plus en plus propre et verrouillée de l’intérieur, pour notre propre sécurité…<br />
Cette maison, certains la veulent transparente, sans recoin pour le secret. Dans la maison propre, certains ont même voulu que les enfants parlent proprement, c&#8217;est-à-dire en français.<br />
Et qu’ils se tiennent comme il faut, sans que la turbulence de leurs petits corps, vivants, ne trouble le sommeil des maîtres du chiffre, occupés qu’ils sont à faire le cauchemar hanté par leurs propres fantasmes de délinquance.<br />
Dans les couloirs de la maison propre résonnent les échos de la chasse à des pratiques « charlatanes », exercés par des « charlatans » qui, depuis Freud, Lacan, Dolto… continuent de refuser l’« évaluation généralisée » afin d’éviter que, dans le domaine de la santé mentale, le «dépistage précoce », le « pronostic »… ne forgent des figures du destin.<br />
Dans la maison propre, il a même été imaginé que, compte tenu de l’irresponsabilité affichée dans son opposition à la fausse science, il était nécessaire de « mettre la psychanalyse sous tutelle » &#8211; pour reprendre l’expression de Jacques-Alain Miller lors des dernières journées de l’Ecole de la Cause Freudienne.<br />
Cette maison, envers de notre chère Véranda, doit être standardisée, nettoyée de toute dimension signifiante. Autant dire que le besoin de parler gratuitement pour se délester de la souffrance qui habite les mots, n’a pas droit de cité dans cet univers où le chiffre est souverain.<br />
C’est précisément à cet endroit que la psychanalyse a à soutenir, non seulement les effets de la révolution freudienne, mais la subversion indispensable à la vie du désir.<br />
Françoise Dolto avait su mettre en évidence les conséquences cliniques de l’Inconscient transférentiel, celui qui se déploie alors qu’un être parlant – un « parlêtre » comme l’appelait Lacan – s’adresse à un analyste pour traiter la douleur morale interprétée comme le signe de l’insupportable dans l’expérience de la vie. Sa connaissance approfondie de la psychanalyse, son sens clinique éclairé et le cas qu’elle fit de l’apport de Lacan lui permirent de resituer la cause sexuelle au cœur de la souffrance psychique de l’enfant. Le statut éthique de l’Inconscient fut ainsi préservé, protégeant la fonction du désir dans les avatars de la constitution du psychisme.<br />
Alors que bien de post-freudiens avaient souhaité ne garder que la version de l’ego et du narcissisme, amputé de l’essentiel de la théorie analytique, c&#8217;est-à-dire la causalité sexuelle, le courage de Dolto l’amena à porter les conséquences de la théorie psychanalytique au plus haut point de sa pertinence sociale. Elle réussissait ainsi à donner une version du triomphe de la psychanalyse : avoir une incidence sur le traitement du malaise dans la civilisation.<br />
Cependant, il serait une erreur de considérer que cette psychanalyse à la Dolto était une psychanalyse appliquée exclusivement à l’accueil de l’enfant. Elle était avant tout la psychanalyse de ceux grâce à qui cet accueil était possible. Des générations d’analystes, d’accueillants, de pédiatres… bénéficièrent des effets de leur expérience personnelle et ce fut particulièrement à ce titre que leur action auprès des familles pouvait jouir d’un consentement – c’est le cas de le dire- en connaissance de cause.<br />
Inspirée par la psychanalyse lacanienne en ce qui concernait le traitement de la souffrance par le symbolique, Françoise Dolto fut l’artisane d’une clinique où la parole était au service de la croyance en une vérité que l’on pouvait révéler par le dire.<br />
Dans ce sens, elle porta la psychanalyse très loin, la fit rentrer dans les foyers, la sortant ainsi du cercle fermé des cabinets des praticiens.<br />
Pour cette psychanalyse, le complexe oedipien était un régulateur efficace de la pulsion. La famille, organisée autour de l’autorité paternelle par le Nom du père, répond à une époque où le sens est attendu de l’interprétation. Ce sens couvre l’existence même du sujet, qui se calcule entre le Nom du père et le Désir de la mère.<br />
À l’intérieur de chaque être, la vie et la mort livrent un constant combat au cours duquel principe de réalité et principe de plaisir jouent la partie d’une homéostasie dont la précarité égale l’inconstance.<br />
À cette époque-là, la psychanalyse tente d’humaniser la médecine par la mise en valeur du cas par cas, du singulier, du poids de l’histoire pour chacun. Paradoxalement, la cure analytique se révélait comme le lieu où l’analysant construisait son passé. En l’entérinant ensuite, il s’en servait comme appui.<br />
Le dialogue, voire la discussion houleuse entre psychanalyse et médecine avait sa raison d’être alors que le psychisme était le domaine des psys et que la science revendiquait que son objet était le cerveau.<br />
Ce dialogue conduit aujourd’hui à tirer les conséquences de la dernière partie de l’enseignement de Lacan. À l’inconscient transférentiel – né entre l’analysant et l’analyste &#8211; s’en superpose un autre, l’Inconscient réel, né de la prise en considération du réel – condensé dans le concept d’objet a &#8211; dans la vie psychique. Dominique Sainte-Rose vient de nous donner une définition du réel que je trouve très éclairante : le réel n’est pas la réalité mais ce que nous cherchons à attraper par la division du travail, pour l’inclure dans la réalité. Le sujet est alors la réponse du vivant au nouage qui se produit alors que la langue, comme objet extérieur, vient nouer le corps et les perceptions (internes et externes).<br />
La séparation entre l’intérieur et l’extérieur s’efface au bénéfice d’une structure moebienne, cohérente avec l’expérience que le sujet fait de ce qu’il doit s’approprier : le sujet de l’Inconscient se présente ainsi constitué autant par l’expérience intime que par le social.<br />
Cette nouvelle forme d’inconscient porte la trace de son époque : elle répond au court circuit qu’un scientisme réductionniste formule dans le lien simplifié cerveau-comportement. Ce court-circuit entend trouver la formule de l’homéostasie ; cela veut dire qu’il y aurait une tentative pour que le principe de plaisir y soit en maître, tout en amputant son au-delà, qui crée la tension capable de pousser à vouloir savoir. C’est le neurocentrisme doublé du génocentrisme, où l’on confond modèle et norme. Il s’agit d’un système métonymique, qui prétend prendre le tout alors qu’il n’a attrapé qu’une partie.<br />
Dans ce contexte, l’enfant n’est plus déduit du désir maternel en tension avec la métaphore paternelle mais s’inscrit à l’endroit où le ratage est le signe de la tentative d’harmoniser les sexes par la nature : là où il n’y a pas de rapport sexuel, un sujet (l’enfant) a pu advenir, dans un corps qui jouit.<br />
Dans la dernière partie de l’enseignement de Lacan, il n’est plus question d’Inconscient mais d’un nouveau type d’idée, selon laquelle le sens est l’Autre du réel.<br />
Si le sens est l’Autre du réel, le sujet qui advient dans l’intervalle constitue en lui-même un obstacle pour que le sens recouvre le réel. À cet égard, la réalité du non rapport sexuel correspond à l’impossibilité d’une science du réel.<br />
Les conséquences sociétales de cette perspective sont tout de suite évidentes : le forçage consistant à faire coïncider le sens et le réel empêche l’inscription de la vie entre ces deux instances. C’est le projet d’une société construite sur l’hédonisme ; elle méconnaît l’au-delà du principe de plaisir et, de ce fait, reste ignorante des effets de la pulsion de mort.<br />
La vie a besoin du malentendu, de ce qui ne colle pas. La vie s’inscrit dans l’intervalle irréductible qui sépare l’Autre et le sens. Le passé du sujet n’est qu’une forme épique de cet intervalle. Il ne conditionne son avenir qu’alors qu’on reste prisonnier de la nostalgie du passé, comme Freud l’avait démontré avec ses hystériques.<br />
La coïncidence parfaite entre le réel et le sens n’est atteinte que par la mort, qui livre la seule version d’un silence qui ne ment pas.<br />
Ainsi, les traces du futur sont toujours à écrire. C’est la leçon de la psychanalyse, car le réel laissera toujours une nouvelle chance au sens. C’est important de le savoir alors que l’oiseau est blessé. Dominique Sainte-Rose nous l’a fait entendre : ce que l’on est en droit d’attendre du psychanalyste est de séparer (analyser c’est séparer) « Jean » et « délinquant », de séparer le sujet et l’attribut, pour éviter le passage de la prédication à la prévention.<br />
La Véranda est née vivante, du désir de plusieurs. Nous fêtons aujourd’hui ses vingt ans. Je lui souhaite une longue vie pour que sa maison continue d’être celle de ceux qui n’attendent pas le futur pour vouloir changer le monde. </p>
<p>Délia STEINMANN<br />
Psychanalyste</p>
<p>V. Contes</p>
<p>? Riquet à la houppe</p>
<p>Il était une fois une reine qui accoucha d’un fils si laid, difforme, si repoussant qu’on douta même s’il avait forme humaine. Sa laideur en aurait fait fuir plus d’un. La reine se contenta de pleurer toutes les larmes de son corps devant cet avorton de prince, baptisé « Prince Riquet »<br />
Une fée qui assistait à la naissance, c’était l’usage à cette époque là pour compenser cette infirmité congénitale lui fit cadeau du don d’esprit.<br />
- Reine, Ton enfant ne se lassera pas d’être intelligent en toute chose et avec tout le monde ! Et son éloquence en étonnera plus d’un. De plus il pourra partager cette intelligence avec la personne de son choix !<br />
Mais cela ne consola guère la reine d’avoir mis au monde un si vilain marmot ! Qui avait une touffe de cheveu dressé droit sur la tête et qui le fit surnommer : « Riquet à la houppe ». Cependant, dès qu’il se mit à parler quelques mois plus tard, ces propos étaient si plaisants, si gracieux et si subtiles que tout le monde en était charmé.<br />
C’est à cette époque là que dans le royaume voisin une reine voisine accoucha de 2 filles. La première qui sortie de son ventre était d’une grande beauté ce qui enchanta aussitôt sa mère dont l’allégresse débordait par tous les pores de la sa peau « Une future Miss monde…que dis-je Miss univers »<br />
Or, cette même fée qui avait assisté au premier accouchement, était également présente à celui-ci car tel était l’usage à cette époque là (je le redis pour ceux qui n’avaient pas entendu la première fois) et, pour modérer un peu la joie de cette reine présomptueuse si fière de son oeuvre, la fée déclara que cette petite princesse n’aurait point d’esprit et serait aussi stupide qu’elle était belle ! »<br />
Et l’effet escompté par la fée fut atteint. La reine perdit aussitôt sa gaieté. Son chagrin ne fit qu’augmenter quand le deuxième bébé apparut car cette deuxième fille était d’une laideur à faire peur, même à un aveugle. En voyant la désolation de cette reine qui venait de subir coup sur coup deux vives déceptions, la fée voulant atténuer son chagrin lui dit :<br />
- Reine, cette deuxième fille aura tant d’intelligence qu’on ne s’apercevra presque pas qu’il lui manque la beauté.<br />
- Mais alors dit la reine ne pourriez vous pas donner un peu de cette intelligence à ma fille aînée qui est si belle ?<br />
- Non ! Dit la fée, je lui ai donné la beauté, je ne peux donner autre chose. Par contre, cette fille pourra partager sa beauté avec la personne qui lui plaira.<br />
Les dessus, la fée disparut pour se rendre à un nouvel accouchement…comme c’était la coutume à cette époque. Restons auprès de la reine et de ses 2 petites princesses. Princesses qui grandir en âge tandis que leurs perfections et leurs imperfections crûrent de même. Et si l’on vantait partout la beauté de la première et l’intelligence de la seconde, il n’en reste pas moins vrai que la belle devenait chaque jour plus stupide et l’intelligente plus laide.<br />
Comme dans les contes, le temps est extensible et compressible à souhait, nous arrivons maintenant à l’âge où divertissement et séduction sont les 2 mamelles de nos princesses nubiles.<br />
Au château, les fêtes se succèdent. Cependant si les invités sont toujours attirés par la princesse de beauté pour l’admirer, rapidement ils lui tournent le dos pour écouter la conversation agréable et subtile de la deuxième princesse dont la laideur passe presque inaperçue. Ainsi, en peu de temps, la princesse de beauté se retrouvait seule voyant sa sœur entourée de bonnes compagnies. Et bien que stupide, elle en éprouvait de la mélancolie et aurait volontiers échangé toute sa beauté pour la moitié de l’intelligence de sa cadette. Même ses parents lui reprochaient parfois ses bêtises.<br />
Un jour au cours d’une fête galante où elle se retrouvait à nouveau toute seule, elle quitta le château pour aller pleurer sa peine dans la solitude de la forêt. C’est alors qu’elle rencontra un jeune homme d’une laideur sans pareille quoique vêtu comme un prince. Lui aussi avait entendu parler de cette princesse de beauté, il en tomba aussitôt amoureux. Cependant, il fut surpris de la voir si chagrine.<br />
- Princesse, comment une personne aussi belle que vous l’êtes peut être aussi triste que vous le paraissez ?<br />
- La beauté, Prince est loin de suffire à la joie d’une personne.<br />
- La beauté, reprit le prince, est un si grand avantage qu’il doit tenir lieu de tout le reste, et quand on le possède, je ne vois rien qui puisse nous affliger beaucoup.<br />
- J’aimerai mieux être aussi laide que vous et avoir de l’esprit que d’avoir de la beauté comme j’en ai et d’être bête comme je le suis.<br />
- Si ce n’est que cela qui vous afflige princesse, je puis aisément mettre fin à votre tourment.<br />
- Ah ! Bon ! Et comment ferez vous ?<br />
- J’ai le pouvoir princesse de partager mon intelligence avec la personne de mon choix et ce choix, je viens de le faire. Je veux bien vous donner tout l’esprit qu’il vous plaira pourvu que vous consentiez à partager ma vie.<br />
La princesse en resta muette. Ça se bousculait dans sa tête, elle ne savait quoi penser.<br />
- Je vois repris le prince que cette proposition vous laisse sans voix. Peut-être qu’elle vous surprend, réfléchissez-y, prenez votre temps. Je vous laisse un an pour vous y résoudre et me donner votre réponse ici même.<br />
Finalement la princesse retrouva la voix : ses neurones s’étaient remis en place. Elle accepta la proposition du prince et promis de l’épouser dans un an jour pour jour.<br />
- Dans ce cas princesse inutile de rester un an de plus dans le chagrin de votre stupidité. Je partage dès aujourd’hui mon intelligence avec vous. Aussitôt la princesse se sentit différente et se mit à parler avec le prince dans une conversation galante et soutenue où elle brilla d’une telle force que le prince crut lui avoir donné plus d’intelligence qu’il ne s’en était réservé à lui même. Finalement, ils se quittèrent bons amis en se donnant rendez-vous l’an prochain. La princesse de beauté emplie de joie revient au château paternel où ses paroles résonnèrent de réflexion avisée, de propos judicieux de jugements pleins de sagesse, bref d’une éloquence d’une rare intelligence. Tout le monde fut surpris et réjouis de ce changement, à l’exception de sa sœur cadette qui n’avait plus l’avantage de l’intelligence. Elle en devint jalouse et sa laideur redevint remarquable.<br />
- Mais la princesse de beauté n’en n’avait cure. Tout le monde l’aimait à commencé par ses parents : le roi venait même lui demander son avis sur les choses du royaume. Elle était courtisée par de nombreux princes qui lui demandèrent sa main, mais elle n’en trouva point un qui eu assez d’esprit pour qu’elle envisagea une quelconque union.<br />
- Pourtant, au bout de plusieurs mois, il vint au château un prince étranger si puissant, si riche, si spirituel et de si belle allure » que son esprit en fut troublé. Tout le monde la pressait d’accepter cette union ; Même le roi lui dit : « ma fille, tu ne trouveras pas un meilleur parti !!! »<br />
- Elle hésitait : plus on a de l’esprit, et plus on a de peine à s’engager sur cette affaire. Elle avait besoin d’un moment de solitude pour y ré » fléchir en toute quiétude. Elle quitta le château et ses pas l’amenèrent dans la forêt au même endroit où elle avait rencontré un an plus tôt le prince Riquet. Elle se trouva bientôt en face de lui, lui plus impatient et amoureux qu’il ne l’avait jamais été, mais toujours aussi laid.<br />
- « Princesse, vous me voyez exacte à tenir ma parole et je vous vois prête à tenir la votre et à me rendre par cette union le plus heureux des hommes.<br />
- La princesse se rappela alors de sa rencontre un an plus tôt avec cet homme et de son serment.<br />
- « Excusez moi prince, mais je vous avais oublié. Quand nous nous sommes rencontrés l’an dernier, j’étais une jeune fille pleine de stupidité, et je ne savais même pas ce que je disais. Mais avec le nouvel esprit que vous m’avez donné, je suis devenu une autre femme ; et j’ai effacé de ma mémoire toutes les sottises passées et les serments prononcés.<br />
- Princesse, êtes vous entrain de me dire que vous ne souhaites plus ce mariage ?<br />
- Prince Riquet, si vous souhaitiez tout de bon m’épouser, vous auriez dû me laisser aussi stupide que je l’étais, car aujourd’hui, telle que je suis, et telle que je vous vois, je ne puis me résoudre à tenir ma promesse.<br />
- Y a t-il en moi quelque chose qui vous déplaise ? Êtes vous mécontente de ma naissance ?<br />
- Nullement.<br />
- De mes manières ?<br />
- Nullement.<br />
- De mon humeur, de mon esprit ?<br />
- Point du tout. J’aime en vous tout ce que vous venez de dire.<br />
- Alors, il s’agit de mon aspect, de ma laideur.<br />
- …<br />
- Si ce n’est que cela, ce n’est rien Princesse ; Car vous pouvez me rendre le plus beau des hommes.<br />
- Quoi ? Comment cela ce peut-il faire ?<br />
- Cela se fera si vous m’aimez assez pour que cela soit. Votre mère ne vous a rien dit ? Mais sachez Princesse que la même fée qui, au jour de ma naissance, me donna le pouvoir de partager mon esprit avec une personne de mon choix, ce que je fis avec vous, vous donna à vous le pouvoir de rendre beau la personne de votre choix. Et si vous hésitez à me croire, rien de plus facile que de le vérifier avec moi.<br />
- Si la chose est ainsi, dit la Princesse, je souhaite que vous deveniez aussi beau que mon cœur le désire.<br />
- La Princesse n’eût pas plus tôt prononcé ces paroles que le Prince Riquet parut à ses yeux l’homme le plus charmant du monde. La noce eût lieu sur le champ et sur la mousse de la forêt.<br />
Quelques uns assurent que cette métamorphose ne fut point due aux enchantements de la fée, mais à ceux de l’amour : qu’importe ! Y a t-il vraiment une différence ?</p>
<p>Joué par B. CHOLLAT</p>
<p>Pour Conclure : De l’origine des contes </p>
<p>L’ENFANT ET LA PAROLE<br />
D’après HENRI GOUGAUD</p>
<p>Où sont donc nés les contes, et comment, et pourquoi ?<br />
Une femme l’a su, aux premiers temps du monde.<br />
Qui l’a dit à la femme ?<br />
C’est l’enfant qu’elle portait dans son ventre.<br />
Qui l’a dit à l’enfant ? Le silence.<br />
Qui l’a dit au silence ?…</p>
<p>Il était, pour la première fois, dans la grande forêt des premiers temps du monde, un rude bûcheron et son épouse triste. Ils vivaient pauvrement dans une maison basse, au cœur d’une clairière. Ils n’avaient pour voisins que des bêtes sauvages et ne voyaient passer, dehors, par la lucarne, que vents, pluies et soleil. Mais ce n’était pas la monotonie des jours qui attristait la femme de cet homme des bois et la faisait pleurer, seule dans sa cuisine. De cela, elle se serait accommodée, bon an, mal an. Hélas, en vérité, son mari avait l’âme aussi broussailleuse que la barbe et la tignasse. C’était cela qui la tourmentait. Caressant, il l’était comme un buisson d’épines et quand il embrassait en grognant sa compagne, ce n’était qu’après l’avoir battue. Tous les soirs, il faisait ainsi, dès son retour de la forêt. Il poussait la porte d’un coup d’épaule, empoignait un lourd bâton de chêne, retroussait sa manche droite, s’approchait de sa femme qui tremblait dans un coin et la rossait. C’était là sa façon de lui dire bonsoir.<br />
Passèrent mille jours, mille nuits, mille roustes. L’épouse supporta sans un mot de révolte les coups qui lui pleuvaient chaque soir sur le dos. Vint un autre jour d’été sur la clairière. Ce matin-là, comme elle regardait son homme s’éloigner sous les grands arbres, sa hache en bandoulière, elle posa les mains sur ses hanches et, pour la première fois depuis le jour de ses épousailles, elle sourit. Elle venait, à l’instant, de sentir une vie nouvelle bouger, là dans son ventre. « Un enfant », pense-t-elle, tremblante, émerveillée. Mais son bonheur fut bref, car il lui vint aussitôt plus d’épouvante qu’elle n’en avait jamais enduré. Misère se dit-elle, qui le protégera si mon mari me bat encore ? En me cognant dessus, il risque de l’atteindre. Il le tuera peut-être avant qu’il ne soit né. Comment sauver sa vie ? En n’étant plus battue. Mais comment ne plus être battue ? Elle réfléchit à cela tout au long du jour, avec tant de souci, de force et d’amour neuf pour son fils à venir, qu’au soir, elle sentit germer en elle une lumière. Elle guetta son homme. Au crépuscule, il s’en revint, comme à son habitude. Il prit son gros bâton, grogna, leva son bras noueux. Alors, elle lui dit : « attends, mon maître, attends, j’ai appris, aujourd’hui, une histoire. Elle est belle. Ecoute-la d’abord, tu me battras après ». Elle ne savait rien de ce qu’elle allait dire, mais un conte lui vint. Ce fut comme une source innocente et rieuse. Et l’homme demeura devant elle, captif, si pantois et content, qu’il oublia d’abattre son bâton sur le dos de sa femme. Toute la nuit, elle parla. Toute la nuit, il l’écouta, les yeux écarquillés, sans remuer d’un poil. Et quand le jour nouveau éclaira la lucarne, elle se tut enfin. Alors, il poussa un soupir, vit l’aube, prit sa hache et s’en fut au travail ; Au soir gris, il revint. Elle l’entendit pousser la porte à grand fracas. Elle courut à lui ; «Attends, mon maître, attends ; Il faut que je te dise une nouvelle histoire. Ecoute-là d’abord, tu me battras après ».<br />
À l’instant même, un conte neuf naquit de sa bouche surprise. Comme la nuit passée, son époux écouta, l’œil rond, le poing tenu en l’ air par un fil invisible. Le temps parut passer comme un souffle. A l’aube, elle se tut. Il vit le jour, se dit qu’il lui fallait partir pour la forêt, prit sa hache et s’en alla.<br />
Et quand le soir tomba, vint encore une histoire. Neuf mois, toutes les nuits, cette femme conta pour protéger la vie qu’elle partait dans son ventre. Et quand l’enfant fut né, les contes des neufs mois envahirent la terre.<br />
Merci à cette mère qui les a mis au monde. Sans elle, les bâtons auraient seuls la parole.</p>
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		<title>Actes du colloque 2</title>
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		<pubDate>Fri, 25 Sep 2009 11:52:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>La Véranda</dc:creator>
				<category><![CDATA[Page privée]]></category>

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		<description><![CDATA[III. Le corps de l&#8217;enfant est le langage de l&#8217;histoire de ses parents. Par Willy BARRAL La Parole aux enfants… [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>III. Le corps de l&#8217;enfant est le langage de l&#8217;histoire de ses parents.<br />
Par Willy BARRAL</p>
<p>La Parole aux enfants…</p>
<p>Cette rencontre est consacrée au dixième anniversaire de votre structure Dolto, type Maison Verte, que vous avez appelé à Grenoble : &nbsp;&raquo; La Véranda &laquo;&nbsp;.<br />
Madame Camille Irigoyen, m&#8217;a sollicité pour que je vous parle de la Prévention selon Françoise Dolto.</p>
<p>&nbsp;&raquo; L&#8217;enfant n&#8217;est pas la simple répétition du passé de ses parents; il est sujet autonome de désir pour réaliser son propre projet de vie. C&#8217;est cela que j&#8217;appelle Prévention &nbsp;&raquo; nous disait-elle. </p>
<p>Et c&#8217;est précisément pour le faire comprendre à tous, qu&#8217;elle a créé ce lieu génial qui s&#8217;appelle une &nbsp;&raquo; Maison verte&nbsp;&raquo;, dont les trois objectifs sont les suivants :</p>
<p>- Un lieu de sevrage mère-enfant non violent, les nourrissons étant séparés de leur mère de plus en plus tôt du fait que les mères travaillent dans nos sociétés modernes et doivent confier leur enfant de plus en plus tôt.<br />
- un lieu de socialisation précoce afin que les parents découvrent la capacité de leur enfant à intégrer des structures d&#8217;accueil pour tout-petit à condition d&#8217;y être savamment préparés;<br />
- un lieu de parole avec des accueillants formés à l&#8217;écoute des parents pour faire découvrir aux parents que leur enfant s&#8217;exprime par le corps et que ce que l&#8217;on appelle &laquo;&nbsp;troubles psychosomatiques&nbsp;&raquo; ne sont en fait, le plus souvent qu&#8217;un &nbsp;&raquo; dire du corps&nbsp;&raquo; chez l&#8217;enfant qui tente de dire par là quelque chose d&#8217;important pour lui dans sa relation affective aux siens: ainsi il participe au monde familial. </p>
<p>J&#8217;ai d&#8217;ailleurs crée moi-même une Maison verte en Arménie, à Erevan, après le seïsme de 1988.<br />
Comment m&#8217;est venue l&#8217;idée de créer moi-même une &laquo;&nbsp;Maison Verte&nbsp;&raquo; Françoise Dolto en Arménie, il y a dix ans maintenant ?<br />
Certes, lorsque Françoise Dolto a cherché à créer la 1ère Maison Verte&nbsp;&raquo; à Paris, en 1979, et qu&#8217;elle cherchait à constituer une équipe, elle m&#8217;avait sollicité parce que j&#8217;étais alors en formation d&#8217;analyste avec elle, mais la véritable motivation tient forcément à des souvenirs ou des blessures plus profondes que l&#8217;on cherche à soigner à travers nos parcours de vie. Les enfants ont une perception immédiate de la souffrance et l&#8217;expriment par le corps. Leur cœur, parfois, se serre et l&#8217;on ne sait pas toujours pourquoi : souvent c&#8217;est parce qu&#8217;ils pensent ne pas être vraiment reconnus pour eux-mêmes et alors ils ont le sentiment de ne plus exister. Sans poids ni identité.<br />
C&#8217;est étrange n&#8217;est-ce pas ?!<br />
Les adultes ne comprennent pas les enfants parce qu&#8217;ils ont oublié leur propre enfance ! Et pourtant, quand on fait l&#8217;effort de se pencher sur son passé, on s&#8217;aperçoit, parfois, que nos choix de vie professionnelle sont pris dans des souvenirs d&#8217;enfance…<br />
Très souvent, nos choix de vie sont liés à une souffrance, comme s&#8217;ils étaient restés en otage du temps avant de pouvoir se transformer lentement en énergie. Energie qui nous permet de vivre et de construire des projets dans un désir de compréhension, de réparation, de changement.<br />
C&#8217;est grâce à un malentendu, parfois indélébile, de notre enfance, que peut naître ce que l&#8217;on appelle une forme de &nbsp;&raquo; vocation&nbsp;&raquo;, comme Dolto nous raconte que toute petite elle disait vouloir devenir &nbsp;&raquo; médecin d&#8217;éducation&nbsp;&raquo; lorsqu&#8217;elle observait ses frères et sœurs qui avaient de la fièvre à la suite d&#8217;une dispute familiale ou d&#8217;un stress majeur !<br />
Pour ma part, c&#8217;est sans doute parce que j&#8217;ai passé la majeure partie de mon enfance en pensionnat que mon attention a été attirée par la souffrance des enfants ! D&#8217;où, peut-être ce projet de créer quelque chose qui rendrait à l&#8217;enfant toute sa dignité. Mission accomplie, il y a dix ans maintenant en créant à Erevan, capitale de l&#8217;Arménie, la première Maison verte Françoise Dolto que nous avons appelé: « Le Jardin Arc-en-Ciel ».<br />
Un lieu qui tient compte des émotions des tout-petits et de celles de leurs parents !</p>
<p>J&#8217;ai travaillé plus de 20 ans dans divers services de pédopsychiatrie pour le compte des services de l&#8217;Aide sociale à l&#8217;enfance, dépendants de la préfecture de Paris., et je voyais des enfants arriver trop tard à la consultation. C&#8217;est ainsi que j&#8217;avais rencontré Françoise Dolto qui faisait elle aussi le même constat.</p>
<p>A l’époque, dans les années 60-70, l&#8217;âge minimum était de 5/6 ans, lorsque l&#8217;urgence scolaire faisait remonter les problèmes à la surface. A partir des histoires que les parents me racontaient, émergeaient des souvenirs de souffrances passées inaperçues déjà dans la première période de vie de l&#8217;enfant. Ecouter ce que les parents viennent partager avec moi à propos de la souffrance qui est la leur, à travers les symptômes énigmatiques de leurs enfants de moins de 3 ans très souvent, c&#8217;est faire un travail que j&#8217;appelle un travail d&#8217;Archéologie émotionnelle d&#8217;une relation intime à 3 ou à 4, sur 2 ou 3 générations, au sein d&#8217;une constellation familiale.<br />
De quoi s&#8217;agit-il ici ?<br />
Il s&#8217;agit, à partir des faits concernant l&#8217;histoire d&#8217;un symptôme, de remonter aux émotions correspondantes, à partir des histoires passées, pour reprendre le fil d&#8217;un discours plus ou moins conscient et qui restait presque toujours confus ou oublié. Car il s&#8217;agissait le plus souvent d&#8217;un symptôme familial qui ne demandait qu&#8217;à en dégager le sens perdu.<br />
Comme la tenace insomnie d&#8217;un nouveau-né, Cloé, qui transformait les premiers mois en un cauchemar de fatigue familiale.<br />
L&#8217;on découvrit alors ensemble que la grossesse avait été difficile pour la mère, Sophie, à cause d&#8217;un avortement précédant. (L’I.V.G. n&#8217;existait pas alors et les avortements clandestins étaient très traumatiques pour les jeunes mamans) Cet avortement avait été vécu de façon dramatique et n&#8217;avait pas pu être élaboré au sein du couple, le père ne voulant pas encore d&#8217;enfant et la mère ayant dû céder sur son désir d&#8217;enfant pour ne pas risquer de perdre son mari .Ainsi le sommeil de l&#8217;enfant était inconsciemment vécu par la mère un peu comme une mort, et pour cette raison son appréhension constante au-dessus de son berceau le dérangeait en le rendant justement insomniaque.</p>
<p>Ou encore ce refus obstiné de manger chez Lucien, 6 ans, mais qui renvoyait à l&#8217;époque de ses 2 mois, lorsque nourrisson il vivait avec sa jeune maman au domicile de la belle-mère de sa mère qui étaient dans un conflit permanent. Ainsi, déjà, à 2 mois, Lucien, par son refus de téter exprimait l&#8217;angoisse liée au lait maternel à cause d&#8217;une cohabitation difficile que sa mère vivait avec sa belle-mère. </p>
<p>Ou bien encore des maladies à répétition au début de l&#8217;école maternelle pour Caroline, 3 ans, qui signifiaient une difficulté, peut-être réciproque, pour la mère et l&#8217;enfant, à être prêts à la séparation, un sevrage très difficile pour la mère, malade et seule à la maison, qui ne pouvait pas concevoir cette séparation-là, que Caroline traduisait à son tour par une série de petites maladies infantiles qui lui permettaient de rester auprès de sa petite maman, en tant que &nbsp;&raquo; bébé thérapeute&nbsp;&raquo; de sa mère, comme les appelait Françoise Dolto.</p>
<p>Ou enfin ce &laquo;&nbsp;bébé thérapeute &nbsp;&raquo; pour son père, Isabeau, cette petite fille de 2 mois qui était déjà une grande insomniaque : elle hurlait, de jour comme de nuit, sans que les parents qui adoraient leur enfant et l&#8217;avaient tant désirée, ne puissent rien y comprendre.<br />
Lorsque nous nous sommes mis à chercher ensemble pour tenter de reconstruire ce que j&#8217;appelle:&nbsp;&raquo; l&#8217;archéologie émotionnelle du savoir inconscient des relations à trois &laquo;&nbsp;, nous apprenons que le père vient de perdre son propre père et souffre de douleurs aux testicules, mais ne veut pas consulter de crainte d&#8217;apprendre une nouvelle désagréable. Après nos entretiens, il finira par y consentir, pour apprendre qu&#8217;effectivement il est atteint d&#8217;un cancer au testicule droit, côté paternel dans la symbolique du corps humain. Dès l&#8217;instant où le père décide de se prendre en charge, sa petite fille Iloé, qui n&#8217;avait que 2 mois, cesse de hurler &nbsp;&raquo; à la mort&nbsp;&raquo; comme on dit dans notre jargon populaire, et fait ses nuits complètement, comme soulagée du poids de &laquo;&nbsp;vigile&nbsp;&raquo; qu&#8217;elle avait pris sur ses épaules pour attirer l&#8217;attention de son père. Par son symptôme d&#8217;insomnie, très préoccupant pour ses parents, Iloè avait réussi à les amener à consulter pour elle-même et, de ce fait, à faire parler l&#8217;histoire tragique du père endeuillé qui convertissait inconsciemment son angoisse de mort en cancer des testicules, contraignant son père à se faire opérer pour ne pas risquer d&#8217;en mourir à son tour !<br />
Je sais que mes convictions de psychanalyste d&#8217;enfants peuvent en bousculer plus d’un ici ce soir, parmi ceux en tous cas dont les structures mentales refusent d&#8217;intégrer l&#8217;idée d&#8217;une médecine holistique qui mette en axe l&#8217;esprit l&#8217;âme et le corps chez les humains. . A ceux-là, je leur demande de patienter encore un peu pour me laisser le temps de m&#8217;en expliquer plus loin. Pour le moment je ne fais que citer des cas cliniques encore très énigmatiques pour certaines pratiques médicales qui n&#8217;écoutent effectivement les symptômes que du côté de l&#8217;organe et du biologique, refusant toute interprétation psychique au nom d&#8217;une soi-disant vérité scientifique, nouvel ordre religieux de notre culture matérialiste !<br />
Autre situation clinique fort intéressante pour vous permettre de comprendre ce que le terme d&#8217;inconscient transgénérationnel signifie, puisque vous avez tous lus, je pense le best seller d&#8217;Anne Ancellin-Schutzenberger qu&#8217;elle a intitulé &nbsp;&raquo; AÏE, MES AÏEUX &laquo;&nbsp;.</p>
<p>C&#8217;est l&#8217;histoire d&#8217;une petite fille nommée ANAÏT, et qui, à l&#8217;âge de 4 ans se trouve victime du diagnostic de &nbsp;&raquo; structure de pré-psychose&nbsp;&raquo; infantile, nécessitant placement en Hôpital de Jour pour enfant psychotique du fait de sa phobie térébrante qui la fait hurler de terreur lorsque ses petits camarades d&#8217;école l&#8217;approchent ou la touchent. Après consultation psychiatrique et bilan psychologique on conclue que l&#8217;enfant est douée d&#8217;une grande intelligence, d&#8217;un excellent développement du langage, d&#8217;une hyper émotivité liée, probablement, à une phobie très invalidante pour une enfant de son âge, puisque cette &laquo;&nbsp;phobie du toucher&nbsp;&raquo; interdit toute vie en collectivité normale.<br />
Lorsque les parents m&#8217;expliquent la manifestation du symptôme de Anaït, je suis immédiatement appelé à questionner la construction du symptôme, pour pouvoir aborder ensuite l&#8217;histoire infantile des deux parents.<br />
La mère m&#8217;explique qu&#8217;effectivement les troubles ont une histoire très remarquable.<br />
C&#8217;est lorsque Anaït avait 18/20 mois, que la mère entend parler à la télévision des morts accidentelles d&#8217;enfants en bas âge qui ont avalé des produits toxiques par négligence parentale ou des mères nourricières qui laissent traîner à la maison, et à la portée des enfants toutes sortes de produits toxiques.<br />
Elle me raconte alors, qu’à la suite de cette émission qui l’a littéralement paniquée, elle a pris Anaït dans ses bras et lui montra tous les produits toxiques auxquels il ne fallait pas toucher et explique à sa fille pourquoi ils seront dorénavant placés en hauteur pour qu&#8217;elle n&#8217;y touche pas. Sa fille étant très intelligente, me dit la mère, lui demandait d&#8217;ailleurs toujours par la suite si telle ou telle bouteille pouvait être prise ou non, si le produit était toxique ou non. Or, à l&#8217;âge de 2ans, subitement et sans raison apparente, Anaït déclara d&#8217;elle-même que le lait et toute forme de produit laitier était toxique. Il n&#8217;y avait rien à faire pour lui en faire avaler la moindre goutte, ou lui faire manger le moindre yaourt ou fromage blanc, le beurre et toute forme de fromage. La mère alla consulter son pédiatre qui la rassura immédiatement en apprenant qu&#8217;entre temps une 2ème enfant été née, du nom de Solune, et que le refus du lait chez Anaït semblait à peu près correspondre à la naissance de sa sœur Solune, soit une manifestation jalouse pour attirer l&#8217;attention de sa mère sur elle. Cela n&#8217;était que passager et tout allait bientôt rentrer dans l&#8217;ordre.<br />
Mais le symptôme perdurait et même s&#8217;aggrava, dès l&#8217;âge de 3ans! Voilà qu&#8217;en plus des laitages, ce sont tous les jus de fruits et légumes qui sont devenus brusquement toxiques. N&#8217;y tenant plus, au bout de quelques mois, la mère décida de retourner prendre une consultation chez son pédiatre, qui la rassura encore une fois, venant d&#8217;apprendre par la mère qu&#8217;entre temps était née, à nouveau, une 3ème petite fille du nom de Yonna, Chose d&#8217;ailleurs remarquable, alors que Anaït semblait si ravie d&#8217;avoir une petite sœur à nouveau, elle refusait toujours de la prendre dans ses bras, convaincue que, sinon, elle allait &laquo;&nbsp;Faire mourir Yonna&nbsp;&raquo; !<br />
La mère ayant été rassurée une première fois par l&#8217;argument savant de &laquo;&nbsp;l&#8217;homme de science&nbsp;&raquo; qui lui avait fait tout un laïus sur la fonction de la jalousie au sein d&#8217;une fratrie, pourquoi ne pas lui resservir l&#8217;argument scientifique si rassurant une première fois. Le pédiatre avait dû au moins intégrer cette idée qu&#8217;il fallait sans doute, et en premier lieu, rassurer les parents et la mère en particulier. Beaucoup de pédiatres encore, hélas, se lancent, justement sans formation scientifique bien sérieuse, dans des interprétations sauvages et prétendument psychologiques, alors qu&#8217;ils n&#8217;y connaissent rien !<br />
Mais, le médecin ayant dit de ne pas s&#8217;inquiéter, la mère revient à la maison rassurée, tout en commençant quand même à être un peu dubitative, car enfin le symptôme de Anaït commençait à devenir un peu encombrant à la maison!<br />
Et voilà, que très récemment, depuis 6 mois à peine, Anaït ne veut plus toucher que ses poupées et ses jeux, mais ne veut plus toucher et être touchée par ses sœurs. Elle accepte très difficilement d&#8217;être déshabillée ou lavée par sa mère en prétextant qu&#8217;elle est &nbsp;&raquo; une grande maintenant&nbsp;&raquo;, ce qui, en soi, n&#8217;est pas dérangeant, mais c&#8217;est surtout à l&#8217;école maternelle que le symptôme s&#8217;est déplacé : Anaït ne peut plus jouer avec personne à la récréation et s&#8217;isole volontairement du groupe de la collectivité. Personne ne peut l&#8217;approcher et elle ne va vers personne, tant son angoisse d&#8217;être touchée et d&#8217;en &laquo;&nbsp;mourir ou en faire mourir&nbsp;&raquo; est devenue paroxystique. Anaït a donc maintenant 4 ans et la Directrice de l&#8217;Ecole maternelle vient d&#8217;annoncer aux parents qu&#8217;elle ne la reprendra pas l&#8217;an prochain, tant les hurlements de Anaït sont devenus insupportables et source d&#8217;angoisse pour les autres enfants. C&#8217;est ainsi que les parents consulteront un service de P.M.I. et que les deux rapports, tant celui de la psychologue que celui de la psychiatre, confirment que l&#8217;on a à faire à la construction lente mais assurée d&#8217;une maladie psychique grave qualifiée d&#8217;état prépsychotique ! C&#8217;est donc en désespoir de cause que les parents et l&#8217;enfant arrivent à mon cabinet de psychanalyste.<br />
J&#8217;explique alors aux parents que je vais avoir besoin d&#8217;eux pour tenter, avec eux, de comprendre l&#8217;intelligence de ce que Anaït voudrait leur dire, sans le savoir puisque le mécanisme est parfaitement inconscient. Je leur explique ce que veut dire, dans ma pratique d&#8217;analyste, le terme &laquo;&nbsp;d&#8217;archéologie du savoir émotionnel inconscient dans une relation à trois.&nbsp;&raquo; Assuré de leur coopération, je questionne la petite enfance du père et nous n&#8217;y trouvons rien de bien significatif qui puisse avoir un quelconque intérêt pour élucider le symptôme de Anaït.<br />
Mais lorsque nous arrivons à l&#8217;histoire maternelle tout va s&#8217;éclairer d&#8217;un seul coup,&nbsp;&raquo; comme par magie&nbsp;&raquo; disent les adultes qui sont restés des enfants et ne veulent surtout pas entendre ce que l&#8217;expression &laquo;&nbsp;transmission transgénérationnelle inconsciente&nbsp;&raquo; veut dire !<br />
Nous apprenons, et Anaït avec moi ce jour-là, que c&#8217;est à l&#8217;âge de 4 ans précisément que la maman de Anaït a découvert la &laquo;&nbsp;toxicomanie&nbsp;&raquo; de sa propre mère, la grand-mère maternelle de Anaït. C&#8217;est en larmes qu&#8217;elle nous raconte les circonstances de son drame. Au cours d&#8217;une prise de drogue à laquelle l&#8217;enfant de 4 ans assistera, la maman de Anaït, nous raconte que sa mère et elle étaient toutes deux dans la salle à manger. Elle jouait à la poupée et vit sa mère enfiler une aiguille dans son bras et s&#8217;injecter un produit, dont elle apprendra plus tard qu&#8217;il s&#8217;agissait d&#8217;une drogue dure, très toxique. Peu de temps après l&#8217;injection la mère est tombée comme &laquo;&nbsp;raide morte&nbsp;&raquo; par terre sur le tapis. La petite fille qu&#8217;elle était alors ne savait pas ce qui arrivait à sa mère et hurla de terreur en découvrant que sa mère ne répondait plus à ses appels, qu&#8217;elle ne se réveillait plus et râlait. Elle l&#8217;a cru morte, mais surtout pensa, longtemps plus tard encore, que c&#8217;était à cause d&#8217;elle que sa mère se droguait, puisque sa mère lui répétait souvent qu&#8217;elle était la cause de tous ses malheurs. Elle-même s&#8217;était droguée plus tard jusqu&#8217;à ce qu&#8217;elle tombe enceinte pour la première fois et cesse définitivement la drogue. Un &laquo;&nbsp;deal&nbsp;&raquo; avait alors été établi entre elle-même et sa mère: &nbsp;&raquo; Si ses filles découvraient un jour que leur grand mère se droguait lorsque l&#8217;on viendrait lui rendre visite chez elle, alors elle ne reverrait plus jamais ses petites filles ! &nbsp;&raquo; Jusque-là la grand-mère maternelle avait respecté le contrat, et c&#8217;est pourquoi Anaït intervint alors, au cours du récit de sa maman et s&#8217;écria: &nbsp;&raquo; Mais alors, maman, c&#8217;est Mamy qui est se drogue et qui est toxique !?&nbsp;&raquo;<br />
Le génie de l&#8217;intelligence de Anaït, lui faisait faire le lien à l&#8217;âge de 4 ans, entre son angoisse d&#8217;être toxique pour sa petite sœur Yonna et la toxicité incorporée par sa mère lorsque celle-ci découvrit la grand-mère &laquo;&nbsp;quasi morte par terre ! Là où la mère n&#8217;avait jamais pu faire les liens, sa petite fille Anaït les faisait, en se précipitant sur les genoux de sa mère et en lui disant : &nbsp;&raquo; Mais maman je savais que toi aussi tu avais mal au cœur, mais je ne savais pas pourquoi. Ne t&#8217;inquiète plus, tu sais, toi t&#8217;es pas une droguée comme Mamy et moi je sais que tu m&#8217;aimes. ! &nbsp;&raquo; Vous auriez assisté à cette déclaration d&#8217;amour dans l&#8217;intelligence des liens sur trois générations, vous en auriez été émus comme moi-même. Le père aussi pris la parole et dit à sa femme : &nbsp;&raquo; Mais tu ne m&#8217;avais jamais raconté cette histoire de toxicomanie de ta mère lorsque tu avais 4 ans. C&#8217;est incroyable comme notre fille alors est intelligente si elle a su capter ta, celle que tu as eu avec ta mère à l&#8217;époque !<br />
- &laquo;&nbsp;Mais par où l&#8217;information est-elle passée ? &laquo;&nbsp;, me demande le père, puisque ma femme ne m&#8217;en avait jamais parlé et que notre fille ne pouvait donc pas avoir entendu parler de cette histoire, de ce pacte entre ma femme et ma belle-mère ?&nbsp;&raquo;<br />
J&#8217;expliquais alors à ces parents, ce jour-là, que c&#8217;est parce que Françoise Dolto s&#8217;était un jour posée la même question que lui, celle du &nbsp;&raquo; Par où l&#8217;information passe-t-elle, qu&#8217;elle en était arrivée à se forger un nouvel outil théorique pour tenter de répondre, de manière scientifique, au sens où la psychanalyse est une science humaine des mécanismes inconscients, un nouveau concept analytique qu&#8217;elle a appelé &laquo;&nbsp;l&#8217;Image Inconsciente du Corps&nbsp;&raquo;, pour nous expliquer les phénomènes de régression énigmatique chez certains humains au cours de leur vie ou les phénomènes de transmissions générationnels . Elle disait: &nbsp;&raquo; Pour comprendre un enfant psychotique il faut s&#8217;intéresser à leurs grands-parents. Mais aussi ceci qui nous est toujours très précieux pour guérir des phobies: &nbsp;&raquo; La phobie de l&#8217;enfant est prise dans les liens maternels à ses propres parents: les liens à sa mère, la grand mère maternelle, donc, si l&#8217;enfant phobique est une petite fille, les liens à son père, le grand père maternel si l&#8217;enfant phobique est un petit garçon.&nbsp;&raquo;<br />
Eh bien, vous venez de l&#8217;entendre ici, Anaït était phobique du lien que sa maman avait eu avec sa propre mère. Dès le lendemain à l&#8217;école elle se mit à jouer avec ses petits camarades comme si de rien n&#8217;était et échappa ainsi de justesse à l&#8217;exclusion du système scolaire normale.<br />
Toucher et être touchée avait cessé d&#8217;être un problème !</p>
<p>Archéologie émotionnelle :<br />
Voyez-vous, il est toujours aujourd&#8217;hui très difficile de faire comprendre aux parents, mais aussi à l&#8217;ensemble des partenaires sociaux qui s&#8217;occupent de la petite enfance, et encore plus au corps médical chargé des soins physiologiques et même psychiques, parfois, qu&#8217;un symptôme est toujours un message que l&#8217;enfant envoie à ses parents et qu&#8217;au lieu d&#8217;être supprimé, il doit être compris dans sa signification de communication.<br />
L&#8217;insomnie, par exemple, comme réponse à la demande inconsciente des parents d&#8217;être vivant, comme je vous l&#8217;illustrais à travers l&#8217;histoire de la petite Chloé, ou bien l&#8217;anorexie pour se défendre de l&#8217;angoisse de la mère, comme je l&#8217;illustrais plus haut à travers l&#8217;histoire de Lucien, ou encore la fragilité physique de Caroline pour signifier une impréparation psychologique de sa mère à se concevoir en bonne santé une fois séparée de sa petite fille, mais aussi à Iloé qui, par ses hurlements jour et nuit s&#8217;efforçait d&#8217;envoyer son père se faire soigner son cancer des testicules, et enfin Anaït, contrainte de fabriquer une phobie du toucher pour permettre à sa mère d&#8217;être soignée elle-même de son traumatisme d&#8217;enfant !</p>
<p>Vous le voyez vous-mêmes, à travers toutes ces petites vignettes cliniques, il ne s&#8217;agit pas de lourds symptômes ou de maladies infantiles dites incurables et génétiques, mais plutôt de ses maladies qu&#8217;on appellent &laquo;&nbsp;psychosomatiques&nbsp;&raquo;, qui sont des tentatives langagières que font les tout-petits pour adresser leurs messages à leurs parents à travers leur corps, afin d&#8217;améliorer la vie familiale. </p>
<p>Or, au lieu de cela, notre société, médicalisée à outrance, continue d&#8217;hospitaliser les petits enfants en proposant aux parents des &laquo;&nbsp;béquilles sur une jambe de bois&nbsp;&raquo;, autrement dit une médecine purement orthopédique, et surtout divers tranquillisants pour calmer l&#8217;hyper activité des enfants, voire bientôt à des nourrissons avant même qu&#8217;ils ne puissent sortir du berceau (!) , quant ce n&#8217;est pas carrément des interventions chirurgicales bénignes mais traumatisantes pour les tout-petits, afin de &laquo;&nbsp;faire taire ses organes qui parlent trop &nbsp;&raquo; C&#8217;est pour rappeler aux parents, comme au corps médical, que les petits enfants parlent d&#8217;évidence par les maux du corps puisqu&#8217;ils n&#8217;ont pas encore les mots symboliques du langage, que Françoise Dolto a eu l&#8217;idée géniale de créer des lieux de paroles pour traiter des troubles psychosomatiques de la petite enfance, ou soigner l&#8217;angoisse parentale sourde et aveugle aux messages inconscients adressés par leur progéniture. Les &laquo;&nbsp;Maison Verte&nbsp;&raquo;, ou les &laquo;&nbsp;structures Dolto&nbsp;&raquo; comme on les appelle plutôt aujourd&#8217;hui, il nous en faudrait une par quartier aujourd&#8217;hui et nous ferions faire des économies colossales à la Sécurité sociale, grâce à cette prévention intelligente et peu onéreuse.</p>
<p>A travers leur corps les tout-petits adressent des messages extrêmement clairs à leurs parents, car ils sont des êtres perceptifs et dépendants des émotions de leurs parents et extrêmement intelligents, qui à travers leur corps envoient des messages d&#8217;une logique incroyablement claire. Des messages qui, n&#8217;étant généralement pas compris, sont alors progressivement remplacés par d&#8217;autres, cette fois plus complexes mais qui ont la même valence : communiquer d&#8217;une façon ou d&#8217;une autre un état de déséquilibre de l&#8217;enfant et de ses parents dans leurs relations affectives, le plus souvent inconscientes.</p>
<p>Que pouvons-nous donc faire devant cette &nbsp;&raquo; tour de Babel &nbsp;&raquo; de symptômes devenus inextricables de l&#8217;enfant au sein de leur famille ?<br />
Eh! Bien, justement créons des structures Dolto à travers tout le pays et nous fermerons des structures de pédopsychiatrie !</p>
<p>Voici encore deux vignettes cliniques d&#8217;histoires de troubles psychosomatiques de la petite enfance, telles que nous les avons vécues dans notre &nbsp;&raquo; Jardin Arc en Ciel à Erevan, en Arménie.</p>
<p>Histoire d&#8217;Areg, à Erevan, une hémiplégie hystérique; suivie de l&#8217;histoire d&#8217;Artmen : une hydrocéphalie gravissime.</p>
<p>- Petite vignette clinique: Armen, au Jardin Arc en Ciel d&#8217;Erevan : un enfant hémiplégique de son jumeau !<br />
- Lorsque Areg, qui a 4 ans, vient pour la première fois à notre Jardin Arc en Ciel d&#8217;Erevan, il arrive avec ses parents, mais c&#8217;est sa mère qui le fait avancer devant elle en le soutenant sous les épaules: Areg est hémiplégique nous dit la mère. Il ne peut absolument pas se tenir debout tout seul et pourtant on a rien trouvé d&#8217;anormal, ajoute-t-elle sur le plan neurologique. Il faut le porter dans les bras ou le soutenir sous les épaules pour le pousser devant soi .<br />
- Pendant que la mère nous parle, Areg, à qui nous demandons son nom et son âge pour l&#8217;inscrire sur notre petit tableau des visites du jour, nous fait un grand sourire et un superbe clin d&#8217;œil pour nous séduire !<br />
Voyant le château fort auquel les petits accèdent par un escalier et une rampe de sécurité, Areg fait comprendre à sa maman qu&#8217;il veut y grimper , mais sa mère lui signifie que c&#8217;est impossible étant donné son état physique: il ne pourra pas monter. Le père intervient alors et commande à sa femme de le lâcher un peu en le laissant faire l&#8217;expérience par lui-même, ce à quoi elle consent à contre cœur. Le père et la mère se placent des deux côtés de l&#8217;escalier pour la sécurité de leur fils qui commence son ascension tout seul. Pendant ce temps-là, le père nous explique que sa femme est dépressive parce que l&#8217;on attendait des jumeaux, mais seul Areg est arrivé vivant au monde. L&#8217;autre est mort et on n&#8217;en n&#8217;a plus jamais reparlé à la maison. D&#8217;ailleurs Areg ne le sait pas lui-même. C&#8217;est étrange d&#8217;entendre les parents nous dire souvent que leur enfant ne sait rien, alors qu&#8217;ils nous parlent devant lui comme si de rien n&#8217;était. C&#8217;est que très souvent, encore aujourd&#8217;hui, beaucoup de parents sont convaincus que l&#8217;enfant ne peut pas comprendre ces choses-là, ou alors il vaut mieux ne rien lui dire pour qu&#8217;il ne souffre pas !<br />
Toujours est-il que ce jour-là, le père nous explique leur drame familial qui est la cause de la dépression maternelle.<br />
Pendant ce temps-là, Areg, comme une petite tortue, est arrivé en haut de l&#8217;escalier et appelle son père pour sauter dans ses bras. Il est debout tout seul, à l&#8217;étage du château fort, fier de sa victoire ! La mère s&#8217;exclame alors: &nbsp;&raquo; mais Areg, qu&#8217;est-ce qui t&#8217;arrive ? Tu es guéri, mais tu me fais peur; oh! Je t&#8217;en prie, tu risques de tomber, mon chéri, reviens-moi vite et surtout ne saute pas, tu risques de te tuer !&nbsp;&raquo;<br />
Ce jour-là, Areg a réussi à s&#8217;appuyer sur la parole de son père pour sortir vraiment une seconde fois du ventre de sa mère, dépressive. Il se sentait autorisé par son père, à vivre enfin seul !!!<br />
Par cette petite anecdote clinique, je voulais illustrer ce que je viens d&#8217;affirmer plus haut:<br />
- Lorsque l&#8217;enfant mort est caché au suivant par les parents, les vivants sont alors &laquo;&nbsp;hantés&nbsp;&raquo; sans savoir ce qui les hante!<br />
C&#8217;est alors une destinée aliénée : c&#8217;est le vivant qui &nbsp;&raquo; erre comme une âme en peine &laquo;&nbsp;. </p>
<p>Deuxième vignette clinique: histoire d&#8217; Armen, 4ans, une Hydrocéphalie gravissime !<br />
La mère d&#8217;Armen arrive seule avec son fils : elle est toute de noire vêtue, l&#8217;air fatiguée, extrêmement pâle, affichant toute sa dépression ! Armen se précipite vers l&#8217;endroit où il y a le petit bassin d&#8217;eau, avec des jouets en plastiques: canards, petits bateaux etc…Sur la margelle du petit muret en carrelage qui retient l&#8217;eau, des éponges de couleurs diverses sont collées pour éviter que les petits enfants se cognent la tête en glissant sur le carrelage du sol et risquent de s&#8217;y faire très mal. Nous sommes assis, à deux pas de ce petit bassin: la mère, mon interprète et moi-même. Armen est debout et nous tourne le dos mais il peut tout entendre de notre conversation.<br />
La mère est venue me voir pour que je lui donne une bonne adresse d&#8217;hôpital à Paris, car son fils doit être opéré bientôt pour une hydrocéphalie gravissime: sa tête est en effet deux fois plus grosse que celle des autres enfants ! Je demande à la mère de m&#8217;expliquer pourquoi elle est habillée toute en noir, et depuis combien de temps. Elle m&#8217;explique qu&#8217;elle a perdu son mari, il y 2 ans déjà, mort au Tadjikistan d&#8217;un infarctus. Ils vivaient tous ensemble là-bas en famille, mais ils sont revenus en Arménie en avion pour enterrer le père de l&#8217;enfant sur la terre de ses ancêtres. Son fils Armen ne sait pas que son père est mort: il avait deux ans alors et il était trop petit pour comprendre, sinon il peut-être trop souffert si on lui avait dit. Je demande à la mère comment elle peut être sûre que son fils n&#8217;en sait rien. Elle m&#8217;assure qu&#8217;elle ne lui en a jamais parlé, n&#8217;en n&#8217;a jamais rien dit non plus depuis et qu&#8217;elle n&#8217;a jamais pleuré non plus devant lui. D&#8217;ailleurs lui-même ne parle jamais de son papa. Puis elle se reprend et ajoute: &nbsp;&raquo; Ah! Si. Pardonnez-moi, un jour il m&#8217;a demandé où était son papa et je lui ai dit qu&#8217;il était dans l&#8217;avion en voyage.<br />
Je regarde Armen pendant que la mère me parle et je le vois entrain d&#8217;arracher les éponges de couleur qui sont collées sur la margelle du petit bassin d&#8217;eau. Je le fais remarquer à la mère qui dit alors à son fils : &nbsp;&raquo; Armen, mais qu&#8217;est-ce que tu fais ? Ne touche pas à ses éponges, arrête de les décoller comme çà ! &nbsp;&raquo;<br />
Je dis à la mère de laisser son fils s’exprimer, ce lieu a été conçu pour çà ! Regardez plutôt l&#8217;intelligence de votre fils. Nous sommes entrain de parler de son papa qui est mort. Vous venez de me dire qu&#8217;Armen ne parle jamais de son papa puisque vous ne lui en parlez jamais et qu&#8217;il ne pleure jamais; vous non plus d&#8217;ailleurs. Mais une fois, vous lui avez dit que son papa était dans l&#8217;avion en voyage. Pendant que vous me parliez je voyais bien qu&#8217;Armen suivait avec beaucoup d&#8217;attention notre conversation, puisqu&#8217;il décollait les éponges du bassin d&#8217;eau, en jouant à faire voler une éponge comme un avion après qu&#8217;il a décollé du sol ! Ah! Oui, me dit alors la mère: figurez vous que son jeu préféré le soir à la maison c&#8217;est de me dessiner un avion avec ses crayons de couleur et de m&#8217;offrir son dessin avant de se coucher en me disant ceci: &nbsp;&raquo; c&#8217;est pour toi, maman, pour que tu dormes bien ! &nbsp;&raquo; Ou parfois, il fabrique l&#8217;avion avec le papier et essaie de le faire voler &nbsp;&raquo; pour papa &laquo;&nbsp;. J&#8217;étais bien étonnée de cela mais je ne disais rein pour ne pas le voir pleurer, et moi j&#8217;allais pleurer en cachette dans ma chambre, mais je n&#8217;ai jamais pleuré devant mon enfant. Oui! Dis-je à cette Mère-Courage et cependant si dépressive: &nbsp;&raquo; C&#8217;est comme si votre fils voulait vous consoler. D&#8217;habitude c&#8217;est la maman qui raconte une histoire, le soir, pour endormir son enfant. Chez vous, c&#8217;est votre fils Armen qui vous raconte une histoire pour que vous puissiez bien dormir. Votre enfant vous aime beaucoup et il p^rend soin de vous. Il n&#8217;a pas envie que vous disparaissiez comme son père brutalement ! &nbsp;&raquo;<br />
- Oh! Ce que vous me dîtes-là me fait penser à un cauchemar que je fais très souvent la nuit depuis longtemps. Je me vois avec mon fils au bord de la Mer Noire et je le perds de vue. Tout à coup il n&#8217;est plus-là; c&#8217;est comme s&#8217;il était mort parce que je l&#8217;aurais perdu dans la Mer Morte; Je ne comprends pas pourquoi je fais ce rêve si souvent et çà me réveille en larmes&nbsp;&raquo;.<br />
Je reprends la parole et dis à la mère ceci:<br />
- &nbsp;&raquo; Dans la langue française le mot &nbsp;&raquo; Mer morte&nbsp;&raquo; peut évoquer que la Mer Méditerranée serait morte ou bien que la mère, la maman de l&#8217;enfant a peur de mourir et de perdre son enfant, qui, à son tour, pourrait mourir d&#8217;avoir perdu sa mère &laquo;&nbsp;.<br />
- Oh! Ce que vous me dîtes-là est effrayant et cela m&#8217;oblige à vous dire la vérité. &nbsp;&raquo; La mère baisse sa voix et me confie ceci: &nbsp;&raquo; Armen n&#8217;est pas mon vrai fils, mais il ne le sait pas ! Je l&#8217;ai adopté à sa naissance quand sa mère est morte en couches à la maternité. J&#8217;étais une amie de la famille de sa mère et je l&#8217;ai tout de suite adopté parce que je n&#8217;avais pas d&#8217;enfant. Mais Armen ne sait pas que je ne l&#8217;ai pas porté dans mon ventre. Son papa et moi, nous ne lui en avons jamais parlé.&nbsp;&raquo;<br />
- Je regarde Armen qui nous tourne toujours le dos. Il s&#8217;est brusquement arreté de jouer et je vois son bras comme figé en l&#8217;air avec son éponge-avion !<br />
- Comprenant que l&#8217;immobilité de cet enfant de 4ans signifie qu&#8217;il est saisi par cette grande nouvelle qui le cloue sur place, je viens à son aide en m&#8217;adressant alors à lui :<br />
- -&nbsp;&raquo; Armen, lui dis-je, viens nous voir. Tu as tout entendu de tout ce que ta petite maman d&#8217;amour viens de me dire. C&#8217;est pour toi qu&#8217;elle m&#8217;a parlé ! C&#8217;est pour que tu saches toute la vérité aujourd&#8217;hui qu&#8217;elle n&#8217;arrivait pas à te dire de peur de te faire souffrir…<br />
- La mère se met à pleurer enfin… Toi, Armen, tu es un enfant formidable qui a aimé ton papa et qui sait bien qu&#8217;il est mort mais tu ne peux pas le dire à ta maman autrement qu&#8217;en lui dessinant des avions pour qu&#8217;elle puisse mieux dormir. Tu ne veux pas qu&#8217;elle ai mal au cœur à cause de toi. Et puis, tu as un si grand cœur, toi, puisque tu as deux petites mamans que tu aimes tous les jours dans ton cœur : ta maman de naissance qui t&#8217;a porté dans son ventre pour que tu arrives bien vivant au monde et puis, comme elle est mort, c&#8217;est ta deuxième petite maman qui t&#8217;a recueilli dans ses bras et dans son cœur à ta naissance pour que tu ne risques pas de mourir.»<br />
- La mère pleure très fort maintenant et Armen se précipite vers la directrice du lieu pour aller chercher un mouchoir pour sa maman. Il revient vers elle et monte sur ses genoux pour lui essuyer les yeux !<br />
- La mère prend alors son fils Armen dans ses bras et les voilà qui pleurent ensemble abondamment ensemble, dans les bras l&#8217;un de l&#8217;autre. L&#8217;émotion est à son maximum et toutes les personnes qui sont là ce jour-là, même les petits enfants qui sentent qu&#8217;il se passe quelque chose d&#8217;inhabituel ce jour-là, se rapprochent de nous et nous entourent comme un chœur antique qui ferait écho à toute cette vie émotionnelle intense. Tout le monde a la larme à l&#8217;œil et je termine ce partage en m&#8217;adressant à nouveau à Armen en lui disant ceci:<br />
- &nbsp;&raquo; C&#8217;est formidable Armen, tu peux enfin pleurer de tout ton cœur pour ton papa qui est mort quand tu avais deux ans, pour ta petite maman morte lorsqu&#8217;elle a réussi à te mettre au monde et elle est très contente aujourd&#8217;hui pour toi que tu sois vivant, et puis aussi tu peux enfin pleurer d&#8217;amour pour ta seconde petite maman qui t&#8217;a sauvé elle aussi en t&#8217;acceuillant chez elle à ta naissance, et dans son cœur. Tu es l&#8217;enfant le plus aimé du monde et toi tu le leur rend bien, tu les aimes tous dans ton cœur? Tu n&#8217;as plus à te sentir coupable d&#8217;avoir perdu ta maman de naissance, ni ton papa d&#8217;adoption de cœur, ni ta maman d&#8217;adoption de cœur. Tout le monde peut pleurer de joie. Les larmes çà fait tellement de bien, c&#8217;est la vie, comme le rire. Rire et pleurer, c&#8217;est çà la vie et tout le monde y a droit!&nbsp;&raquo;<br />
- Si j&#8217;ai parlé ainsi à Armen c&#8217;est, bien évidemment, parce que je pouvais comprendre le drame affectif de culpabilité dans laquelle la mère adoptive d&#8217;Armen se trouvait prise et dont son cauchemar parlait: &nbsp;&raquo; elle perdait son fils au bord de la Mer Noire&nbsp;&raquo;, m&#8217;avait-elle dit. Sa culpabilité rejaillissait sur son fils qui l&#8217;avait incorporée à travers un symptôme à mort: une hydrocéphalie gravissime. Mais qu&#8217;est-ce qu&#8217;une hydrocéphalie, si ce n&#8217;est une infection par rétention d&#8217;eau.<br />
- Les larmes qu&#8217;Armen retenait dans sa tête et ne pouvait pas laisser sortir, comme sa mère d&#8217;ailleurs, étaient très probablement la représentation de cette forme de névrose coupable maternelle qui n&#8217;avait jamais dit la vérité à son fils et c&#8217;est Armen qui en faisait une maladie à mort.<br />
- Mieux vaut mourir disait l&#8217;inconscient de l&#8217;enfant plutôt que d&#8217;être la cause de la souffrance de maman !<br />
J&#8217;ai revu Armen et sa mère six mois plus tard: ils avaient continué à venir régulièrement dans notre Jardin Arc en Ciel et le chirurgien de l&#8217;enfant avait accepté de surseoir à l&#8217;opération de l’enfant, comme le lui avait demandé la mère le premier mois qui a suivi notre rencontre à Erevan. J&#8217;avais donné ce conseil-là à la mère, assuré que j&#8217;étais des effets positifs de ce &laquo;&nbsp;tombereau de larmes &nbsp;&raquo; que l&#8217;enfant avait pu enfin lâcher. L&#8217;opération serait réalisée dans un mois sinon. La mère a suivi mon conseil, en accord avec son chirurgien et son pédiatre. Au bout du premier mois, l&#8217;hydrocéphalie commençait à régresser, et le chirurgien a proposé alors un deuxième mois encore, et ainsi de suite puisque l&#8217;enfant allait de mieux en mieux.<br />
Ainsi, une fois de plus, la théorie de la régression dans l&#8217;image inconsciente du corps du Docteur Françoise Dolto se trouvait vérifiée: l&#8217;enfant parle avec son corps ! </p>
<p>Un peu de Théorie maintenant ? !<br />
Par où passe la formation de l&#8217;identité, et par où passe l&#8217;information entre les générations ?<br />
Notre personnalité se structure pendant les sept premières années de notre vie! Cette période correspond au rez-de-chaussée de notre maison, mais les fondations elles-mêmes sont prises dans la vie intra-utérine : période pendant laquelle se construisent les racines de l&#8217;être ! Période pendant laquelle Léonard de Vinci disait : &laquo;&nbsp;Une même âme gouverne et la mère et l&#8217;enfant &nbsp;&raquo; Vous le voyez, Léonard de Vinci, bien avant Françoise Dolto, le disait déjà au 16ème siècle !!!<br />
Quant au livre de la Sagesse indoue, celui de Lao Tseu, des millénaires encore avant le formulait ainsi, dans le TAO, ce qui veut dire &nbsp;&raquo; La Voie du Milieu &laquo;&nbsp;:<br />
Pendant les 9 mois de la vie fœtale s&#8217;écoule le tiers de la vie pour l&#8217;homme.<br />
Pendant les 7 premières années de la vie, s&#8217;écoule le 2ème tiers de la vie.<br />
Et de l&#8217;âge de 7ans à la mort s’écoulent le 3ème et dernier tiers de la vie !<br />
Alors vous pouvez mieux comprendre pourquoi la Psychanalyse insiste tant sur les tous premiers liens archaïques que l&#8217;enfant a noué avec ses géniteurs, père et mère !<br />
Ainsi notre construction physique et psychique s&#8217;implante sur un terrain, le terrain des relations familiales elles-mêmes. Et les tous premiers liens de la vie fœtale correspondent à cette phase de l&#8217;incarnation dans une histoire familiale qui est inscrite sur trois générations , ce qui faisait dire à Françoise Dolto que le nourrisson dupliquait in utero toute l&#8217;histoire la lignée des deux parents sur trois générations !<br />
Ce sont les productions graphiques et plastiques des touts petits avant l&#8217;acquisition du langage qui l&#8217;ont amenée à découvrir cela et à prolonger largement la définition freudienne des processus d&#8217;identification. Elle dû d&#8217;ailleurs inventer un nouveau concept psychanalytique pour donner contenu à sa théorie, puisqu&#8217;elle ne trouvait aucun concept analytique adapté à ce que les bébés thérapeutes, comme elle aimait à les appeler, étaient entrain de lui enseigner. Ne trouvant rien dans le corpus théorique analytique de Freud ou de Lacan, elle créa ses propres outils théoriques et c&#8217;est ainsi qu&#8217;elle introduisit un nouveau concept analytique qu&#8217;elle a appelé :&nbsp;&raquo; L&#8217;image inconscient du corps &laquo;&nbsp;.</p>
<p>Qu&#8217;est-ce que &nbsp;&raquo; L&#8217;image inconsciente du corps &nbsp;&raquo; ?</p>
<p>C&#8217;est une mémoire cellulaire archaïque et donc émotionnelle des tout premiers liens affectifs qui ont permis à un bébé ou un nourrisson de se construire une histoire relationnelle aves ses parents tutélaires ou les adultes tutélaires qui se sont occupées de lui au départ de la vie : une sorte donc d&#8217;identité grâce à l&#8217;espace-temps des relations affectives !<br />
Cette &nbsp;&raquo; Image Inconsciente du Corps &nbsp;&raquo; est le tout premier langage de l&#8217;enfant avant le langage verbal lui-même. C&#8217;est la manière dont le bébé in utero, puis le nourrisson capte avec son corps pour adresser à ses parents son propre ressenti et s&#8217;exprime en réponse à tous ses ressentis-là pour lesquels il n&#8217;a pas encore la possibilité de le dire avec des mots. C&#8217;est un langage que Françoise Dolto a appelé un langage du corps, une sorte de « dire du corps ».<br />
C&#8217;est par leur propre corps que les touts petits s&#8217;expriment et donc parlent et nous parlent ! Les symptômes sont un &nbsp;&raquo; dire du corps &nbsp;&raquo; !</p>
<p>Mais de quoi nos enfants nous parlent-ils ?<br />
Eh bien ! Tout d&#8217;abord de leurs émotions, et puis aussi de nos propres histoires affectives parentales qu&#8217;ils nous font revivre à travers eux, et qui même parfois, sont inconscientes en nous, mais qui reviennent aussi au galop là où nous ne pouvions pas nous y attendre, parce qu&#8217;elles avaient été enfouies et même oubliées; telle cette histoire entre Anaït et sa mère autour de ce symptôme énigmatique par excellence, qu&#8217;on appelle une phobie ! !<br />
Souvenez-vous de cette remarquable découverte qu&#8217;avait exposée le Docteur Françoise Dolto au Congrée International de Psychanalyse, en 1957, si ma mémoire est bonne, au cours du quel elle déclarait:<br />
&nbsp;&raquo; La phobie de l&#8217;enfant est prise dans l&#8217;histoire des relations affectives inconscientes que sa mère avait elle-même alors avec ses propres parents, sa relation croisée à sa mère s&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;une phobie d&#8217;une enfants fille, ou sa relation croisée à son père s&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;un enfant garçon. &nbsp;&raquo;<br />
Cette découverte là lui fût reconnue par le Docteur Jacques Lacan, à l&#8217;époque, comme &laquo;&nbsp;une découverte fondamentale pour la science psychanalytique &laquo;&nbsp;!<br />
Ainsi, voyez-vous, le concept analytique nouveau, que Françoise Dolto a appelé &nbsp;&raquo; L&#8217;Image inconsciente du corps &nbsp;&raquo; nous permet aujourd&#8217;hui de mieux comprendre ce que Sigmund Freud avait appelé les &laquo;&nbsp;processus d&#8217;identification aux Imago parentaux &laquo;&nbsp;.<br />
Pendant ses premières années de vie, mais plus particulièrement la vie fœtale et les 3 premières années du nourrisson, l&#8217;enfant est complètement dépendant de sa mère qui s&#8217;occupe de lui, mais aussi de son père: de ses parents géniteurs ou tutélaires l&#8217;enfant engramme tous les traits fascinateurs et même leurs histoires affectives respectives ! Ses deux parents sont comme son &nbsp;&raquo; moi auxiliaire &nbsp;&raquo; à partir duquel il se construit.<br />
En fait les choses sont encore plus subtiles, la mère prédominant alors, pour ce qui est de la vie fœtale et la toute première année de la vie, au point que ces tous premiers liens affectifs seront dit archaïques en ce sens que l&#8217;enfant ne fait pas encore la différence entre lui et sa mère, tant la relation symbiotique à la mère est fondatrice de vie. On pourrait dire que tout ce que vit sa mère lui appartient en propre, puisqu&#8217;il est sa mère en même temps qu&#8217;il est lui-même.<br />
Autrement dit il est &nbsp;&raquo; moi et l&#8217;autre en même temps&nbsp;&raquo; !<br />
Pendant toute cette &nbsp;&raquo; phase d&#8217;identification projective archaïque &laquo;&nbsp;, l&#8217;activité psychique du nourrisson est appelée l&#8217;activité de l&#8217;Originaire, comme la appelé la psychanalyste, Piera Aulagnier , qui a longtemps travaillé avec Françoise Dolto, pour la différencier des deux activités psychiques suivantes que Freud avait appelé les activités primaire et secondaire.<br />
Freud n&#8217;a jamais pu explorer l&#8217;Archaïque, et cela pour deux raisons principalement:<br />
D&#8217;une part parce que personne ne lui apportait des touts petits enfants en consultation : il faudra attendre la 2éme génération de psychanalystes pour cela: Mélanie Klein et Winnicott, mais aussi Sophie Morgenstein, Françoise Dolto et Jenny Aubry d&#8217;autre part.<br />
D&#8217;autre part aussi parce que Freud ne voulait pas s&#8217;occupait de ce que son collègue Carl Gustav Jung venait de découvrir, je veux parler du Transgénérationnel. Jung expliqua à Freud qu&#8217;il venait de découvrir que l&#8217;on ne pourrait pas adapter le traitement psychanalytique aux petits enfants sans aller y regarder de plus près du côté des grands-parents.<br />
Et Freud de lui répondre alors: &nbsp;&raquo; Si vous avez raison docteur Jung, j&#8217;espère alors que je n&#8217;aurai pas à m&#8217;occuper de cela avant ma mort ! &nbsp;&raquo;<br />
Mais la question du traitement des activités mentales les plus archaïques c&#8217;est à Françoise Dolto et à Piera Aulagnier que nous le devrons surtout.<br />
Ces activités psychiques archaïques peuvent se revivre des années plus tard, bien après la naissance et s&#8217;exprimer alors par des symptômes très dérangeant pour l&#8217;enfant comme pour ses parents.</p>
<p>Pour conclure, afin de laisser place aux questions maintenant, disons simplement encore ceci :<br />
Pendant cette phase des touts premiers liens affectifs de cette période Archaïque, parfaitement inconsciente bien sûre, l&#8217;enfant pensera – mais ce terme est inapproprié, c&#8217;est un raccourci, &#8211; être sa mère et son père sans distinction de l&#8217;état de totalité vécu précédemment à l&#8217;état fœtal.<br />
Retrouver le bien être de la sécurité narcissique de base, à l&#8217;époque fœtale, chaque fois que le nourrisson sera confronté à des stress indépassables, sera pour lui une forme de demande irrévocable et totalement impérative alors.<br />
Ce que Françoise Dolto appellera une &nbsp;&raquo; régression dans l&#8217;image inconsciente du corps fœtal&nbsp;&raquo;!<br />
Comme vous l&#8217;avez bien entendu le père est toujours &laquo;&nbsp;déjà là&nbsp;&raquo; aussi car il y a toujours du père dans la mère et c&#8217;est pourquoi Françoise Dolto parlait d&#8217;un<br />
&nbsp;&raquo; Espace mamaïsé &nbsp;&raquo; pour parler de l&#8217;archaïque des liens à trois !<br />
Le docteur Franz Veldman, fondateur de cette nouvelle discipline qu&#8217;on appelle aujourd&#8217;hui &nbsp;&raquo; L&#8217;Haptonomie &nbsp;&raquo; l&#8217;a démontré aux Obstétriciens qui sont venus se former chez lui !<br />
Voilà, je vais m&#8217;en tenir là, en espérant ne pas avoir abusé de votre vigilance ! De toute manière, si le sujet vous intéresse vous pourrez toujours vous reporter à mon dernier ouvrage paru récemment chez Payot, intitulé &nbsp;&raquo; Le corps de l&#8217;enfant est le langage de l&#8217;histoire de ses parents&nbsp;&raquo;, qui traite largement de la question du transgénérationnel dans les troubles psychosomatiques de la petite enfance. Je n&#8217;hésite à en faire la promotion ici, ayant donné tous mes droits d&#8217;auteur à notre Jardin Arc en Ciel d&#8217;Erevan en Arménie.<br />
Je vous remercie de votre bienveillante attention. </p>
<p>W. BARRAL<br />
Psychanalyste et président de La Harpe.</p>
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		<title>Actes du colloque 1</title>
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		<pubDate>Fri, 25 Sep 2009 11:51:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>La Véranda</dc:creator>
				<category><![CDATA[Page privée]]></category>

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		<description><![CDATA[Argumentaire du colloque Les fées se sont toujours penchées au-dessus du berceau pour prédire le devenir de l’enfant… qui n’a [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Argumentaire du colloque</p>
<p>Les fées se sont toujours penchées au-dessus du berceau pour prédire le devenir de l’enfant… qui n’a de cesse ensuite de déjouer les prédictions pour faire advenir sa parole de sujet désirant. </p>
<p>Une volonté est apparue ces dernières années de cerner dès la naissance l’enfant, de le prévoir avant que de le voir. </p>
<p>A l’heure où le champ du social est saturé par la surveillance et l’évaluation, quelle place reste-t-il à une parole singulière accueillie dans un espace sans a priori laissant entendre l’insu, apparaître le malentendu ? </p>
<p>La pensée psychanalytique est là pour réaffirmer : </p>
<p>• Que le sujet est par essence imprévisible et unique,<br />
• Que les fées sont encore parmi nous pour nous émerveiller,<br />
• Et qu’il faut que les parents rêvent leur enfant. </p>
<p>Quelle est l’actualité psychanalytique et sa pertinence dans notre époque ? </p>
<p>Comment dans ses formes renouvelées, comme « la Véranda » et autres « Maisons vertes » peut-elle contribuer à faire entendre autrement les paroles des enfants et de leurs parents ? </p>
<p>Comment dans ces lieux peut-on adresser à l&#8217;enfant une parole qui ne prédit pas son avenir mais qui l&#8217;instaure comme sujet en devenir ? </p>
<p>Notre journée sera consacrée à apporter quelques témoignages et réflexions à ce débat. </p>
<p>Index</p>
<p>I. Introduction du colloque par Françoise PRADEL, Présidente de l’ALPPE </p>
<p>II. Ouverture au débat et à la réflexion </p>
<p>? Intervention de Jean-Louis BERATTO</p>
<p>? Intervention de Martine PETIT</p>
<p>? Intervention d’Irène BAIZE : Psychanalyse et prévention ; L’accueil à La Véranda</p>
<p>III. « Le corps de l’enfant est le langage du corps de ses parents »<br />
Par Willy Barral, Psychanalyste.<br />
Avec une introduction de Camille IRIGOYEN.</p>
<p>? Intervention de Monsieur Guy Rouveyre, élu à la Mairie d’Echirolles.</p>
<p>« Regards sur l’enfant : projection, protection, prédiction, prévention »<br />
Par Dominique Sainte-Rose, Philosophe (texte que nous ne pouvons retranscrire ici)</p>
<p>IV. Regards sur le futur par Délia Steinmann</p>
<p>V. Contes<br />
? « Riquet à la Houpe » par B. CHOLLAT</p>
<p>? Pour conclure, De l’origine des contes. « L’enfant et la parole » d’après H. Gougaud.</p>
<p>I. Introduction à la journée anniversaire de la Véranda </p>
<p>Par Françoise Pradel, Présidente de l’ALPPE</p>
<p>J’ai l’honneur et le plaisir en tant que présidente de l’Association pour des lieux de paroles parents enfants d’introduire ce colloque organisé pour commémorer les 20 ans d’existence de notre lieu d’accueil qu’est la Véranda. </p>
<p>A cette occasion, je voudrais remercier de leur soutien tout au long du parcours de la Véranda la mairie d’Echirolles, le conseil général de l’Isère et la C.A.F. ainsi que tout particulièrement Mr Gilbert Biessy, Mr Renzo Sulli, Mr Henri Sanchez, Monsieur Guy Rouveyre et Madame Pascale Perrier qui ont cru en notre projet, ont permis qu’il voit le jour et nous ont accompagnés sans faille durant ces 20 ans.<br />
En ce jour anniversaire, il m’est apparu intéressant de prendre le temps de feuilleter les albums photo et de raconter en quelques mots comment ce lieu d’accueil a vu le jour.<br />
La Véranda ouvre ses portes le 2 Juin 1988 ; mais bien avant sa naissance, ses mères et ses pères ont désiré sa venue et travaillé en conséquence pour qu’elle advienne. En effet, cette histoire commence en 1983.<br />
Le 8 Mars 83, un lieu de parole parents-enfants, « la Bulle » ouvre à Percevalière. Ce lieu novateur ne satisfait pas tout à fait ceux qui l’ont crée : entre autre il ne garantit pas vraiment l’anonymat des accueillis puisque les accueillants sont des professionnels de Seyssinet ; mais il a l’intérêt d’être une première expérience grenobloise.<br />
En Avril 83, de nombreux professionnels petite enfance se retrouvent à Cannes pour assister à un congrès dont le titre est « le bébé est une personne »<br />
A l’issue de ce congrès ces professionnels petite enfance, de différentes formations ; psychologue, psychanalystes, éducateurs, assistants sociaux, puéricultrices…créent un collectif petite enfance. Ce collectif comporte plusieurs groupes de travail, l’un d’eux souhaite réfléchir à la création d’un lieu de parentalité dans l’agglomération grenobloise en s’inspirant de la Maison Verte qui a ouvert ses portes à Paris en 1979. </p>
<p>La Maison Verte à Paris est elle aussi née d’un groupes de professionnels pluri disciplinaire dont F. Dolto et Bernard This sont parmi les plus connus.<br />
Ils souhaitent créer un lieu de rencontre comme un jardin public avec des accueillants divers dont des psychanalystes.<br />
Dans ce lieu, les parents pourraient venir régulièrement avec leurs enfants pour parler ensemble de leur histoire de parents et pour le plaisir de nouvelles rencontres<br />
Ce lieu devait maintenir un écart avec les institutions existantes et ainsi, être protégé de la surveillance médico-administrative. Un lieu inscrit dans le social, dans le quotidien de la vie, où l’enfant est accueilli comme sujet désirant.<br />
On peut dégager trois références conceptuelles essentielles chez F. Dolto qui viendront organiser le travail de la Maison Verte :<br />
-1. La reconnaissance chez l’être humain dès sa conception, d’un sujet de désir et de parole inscrit dans l’ordre de la génération. Cela situe le tout petit enfant, dès sa naissance, en interlocuteur et lui donne un rôle actif et autonome dans son parcours de vie.<br />
« L’enfant ce n’est pas une répétition du passé mais un être disponible au jour le jour pour perpétuer les échanges d’une manière aussi créatrice que possible »F. Dolto<br />
2 L’Accueil de l’enfant avant l’âge scolaire, nécessite que ce soit avec ses parents que cela se passe afin qu’on l’entende au plus près de là où il est :<br />
Le tout petit : « c’est moimaman, puis moi et maman, enfin l’enfant et papa avec maman. Dans ce temps là, l’enfant parle le parent, le parent parle l’enfant.</p>
<p>3. La volonté d’inscrire la psychanalyse dans la cité. Comment la psychanalyse peut elle être efficace hors du cabinet du psychanalyste ? On sait la volonté de F. Dolto de transmettre et de diffuser la pensée psychanalytique dans le corps social<br />
Ces principes fondateurs de la Maison Verte à Paris furent aussi ceux qui guidèrent le projet du groupe grenoblois. Il s’est donc agit de s’inspirer de cette première expérience tout en créant une structure originale avec d’autres personnes et dans la région grenobloise. « Ce que tu as hérité de tes pères acquiers le pour le posséder ! » Écrivait Goëthe.<br />
C’est donc dans ce contexte que des professionnels d’horizons variés : puéricultrice, sage-femme, assistante sociale, psychologue, psychanalyste, pour beaucoup aussi jeunes parents se réunirent pendant 5 ans pour constituer un projet et le faire vivre.<br />
Ce furent de nombreuses réunions, débats et âpres combats pour trouver des subventions et un local. Ils essuyèrent plusieurs refus.<br />
En 1987, la fondation de France offre une subvention de 100000 Francs ce qui est le premier pas vers une réalisation effective de ce projet.<br />
La mairie d’Echirolles propose alors un local à la villa Elie Blanchet où la Véranda s’installera jusqu’en 2003.<br />
La Véranda ouvre ses portes pour la première fois le 2 Juin 1988. L’inauguration officielle aura lieu le 27 Octobre 1988, il y a donc 20 ans à quelques jours près.<br />
La Véranda est resté durant ces 20 années très fidèle au projet de départ. L’ALPPE a développé en parallèle avec la Véranda d’autres activités comme les soirées à thème qui ont lieu à la Butte à Echirolles, l’animation d’un séminaire de psychanalyse, des formations, analyse de pratique de professionnels, interventions auprès de parents etc…<br />
A partir de 2004, nous nous installons rue Paul Féval dans le nouveau centre d’Echirolles dans un local conçu pour la Véranda grâce à un travail commun entre des architectes de la mairie d’Echirolles et un groupe de réflexion de la Véranda. L’installation dans ce nouveau lieu central et facile d’accès permet aux familles de venir plus aisément.<br />
J’en reviens maintenant au sujet choisi pour notre journée de travail : Prévenir n’est pas prédire… Les Maisons Vertes sont au plus près de la question de la prévention : je dirais même que c’est leur raison d’exister.<br />
A l’époque de la création de la Maison verte à Paris, il n’existait pas de structure de soin pour accueillir les touts petits. F. Dolto disait : « Nous intervenons trop tard, toujours trop tard ! Les psychanalystes ne s’occupent des enfants que quand ils présentent des symptômes trop gênants pour les apprentissages scolaires ou des traits caractériels, de l’énurésie, encoprésie…Il faudrait être là au moment où les troubles apparaissent, il faudrait des consultations libres, il faudrait même des analystes dans les squares là où les mères amènent leurs enfants » : premiers rêves autour de ce lieu 15 ans avant qu’il n’existe.<br />
Donc prévenir au sens de venir avant que le symptôme ne laisse des traces trop indélébiles est ce qui a motivé l’existence de ces lieux d’accueil parents-enfants : C’est venir avant, en accompagnant l’enfant et le parent dans son allant devenir et cela dans un cadre non institutionnel qui n’immobilisera ni l’un ni l’autre dans un être ceci ou cela, qui ne prédira en rien ce qu’ils deviendront !</p>
<p>Il nous est apparu que la question retrouvait toute son actualité aujourd’hui à travers les débats sociétaux qui ont ,entre autres, eu lieu autour du projet de loi sur la prévention de la délinquance. Ce projet de loi a été inspiré en partie par un rapport d’expertise de l’Inserm opérant un rapprochement entre les troubles de conduites chez le jeune enfant et l’avènement du futur délinquant que l’on va essayer de redresser, rééduquer.<br />
Rappelons à ce propos qu’à la fin du 16éme siècle, prévenir signifiait « aller au devant de quelque chose pour en hâter l’accomplissement ». Ce n’est qu’au 17éme siècle, qu’apparaît le sens actuel, aller au devant d’un événement pour en éviter l’accomplissement.<br />
Quand on dit à un enfant grimpé sur un meuble : « tu vas tomber ! « Et qu’il tombe ! ». On lui dit : « je t’avais prévenu ! » réminiscence du sens premier de prévention ! Ne peut-on pas percevoir la même logique si l’on suit le raisonnement tenu par le rapport INSERM ?<br />
Ne risque-t-on pas que ce jeune enfant certes agité devienne ce que l’on voudrait surtout éviter : un jeune délinquant ?<br />
L’expertise préconise d’intervenir tôt ! Mais que veut dire intervenir tôt quand il s’agit du psychisme ?<br />
Intervenir mais comment, à quel moment ?<br />
Doit-on provoquer une occasion ou l’attendre en construisant un lien de confiance ? Peut-on prévenir un enfant de l’histoire de sa famille ?<br />
Voici quelques questions parmi d’autres qui alimenteront notre réflexion au cours de cette journée de travail !<br />
Cette journée va débuter par une table ronde avec Mr Jean louis Berrato psychologue, qui fut président de l’ALLPE et accueillant à la Véranda et Mmes Irène Baize et Martine Petit, psychanalystes qui furent présidentes de l’ALPPE et sont toujours accueillantes à la Véranda. Ils nous emmèneront dans notre lieu d’accueil parents-enfants pour nous faire saisir comment il se peut que ces rencontres entre accueillants et accueillis soient un espace de prévention.</p>
<p>Nous entendrons ensuite Monsieur Willy Barral, psychanalyste, qui soutient de nombreux projets de parentalité sur le modèle de la Maison Verte.<br />
Il nous parlera « du corps de l’enfant, envisagé comme l’histoire du corps de ses parents. </p>
<p>Pour clore cette matinée, Monsieur Renzo Sully, maire d’Echirolles, nous fera l’honneur d’une allocution.</p>
<p>Nous partagerons ensuite un apéritif. Nous fêterons ainsi les 20ans d’existence de la Véranda et de l’ALLPE et leur souhaiterons longue vie!<br />
Nous nous retrouverons à 14 heures. </p>
<p>L’après midi débutera par une intervention de Monsieur Dominique Sainte Rose qui en sa qualité de philosophe conduira une réflexion autour des regards portés sur l’enfant par nous les adultes et sur ce qui les induit et les soutend.</p>
<p>Madame Délia Steinmann, psychanalyste clôturera cette journée en nous conduisant sur les traces du futur ! </p>
<p>Toutes les réflexions de cette journée seront accompagnées de rêveries grâce à Bertrand Chollat, conteur du Pilat qui nous emmènera au pays des sorcières, des fées et autres lieux et personnages imaginaires.</p>
<p>Je vous souhaite donc une bonne journée de travail mais aussi de rencontres, et d’échanges fructueux.<br />
Je laisse la parole aux accueillants qui vont témoigner de quelques moments d’accueil.</p>
<p>Françoise Pradel<br />
Psychologue,<br />
Présidente de l’ALPPE<br />
et accueillante à la Véranda</p>
<p>II. Ouverture au débat et à la réflexion</p>
<p>? Texte de Jean-Louis BERATTO</p>
<p>Je vous remercie pour votre invitation à participer à cette table ronde, j’y réponds avec plaisir. Elle a réveillé en moi de nombreux souvenirs. Souvenirs relatifs à mon passé d’adhérent fondateur de l’ALPPE, à mon passé de Président de l’Association, à mon passé d’accueillant de La Véranda.<br />
C’est, je dois le reconnaître, avec un certain sentiment de satisfaction que j’ai apprécié ces souvenirs comme des instants d’heureuses retrouvailles avec les traces d’une fraternité laborieuse et conviviale.<br />
Dans ma mémoire ainsi ravivée, je distinguais parmi les multiples reviviscences le temps des origines où plusieurs années durant nous avons confronté ensemble nos conceptions de ce lieu à naître de la période des négociations avec les politiques : la DDASS, le Conseil Général, les Mairies. Je distinguais le temps des séances d’accueil à La Véranda de celui des réunions d’accueillants.<br />
Ce kaléidoscope de souvenirs suscita en moi deux questionnements que j’ai retenus comme fil rouge de ma brève intervention de ce matin. Le premier questionnement interroge ce qui en 1984 m’a conduit dans cette aventure. Le second questionnement concerne ce qui me reste aujourd’hui comme élément essentiel qui peut caractériser cette expérience d’accueil.<br />
En 1984, période où la question de la petite enfance est reconsidérée notamment à la lumière des connaissances nouvelles apportées par la psychanalyse, je travaille auprès d’adolescents et de jeunes adultes toxicomanes dans le cadre du centre d’accueil et de soins que nous avons créé à Grenoble, en 1976 ; création placée sous l’autorité du Professeur agrégé Jacques Faure, médecin Chef de Service au C.H.U. L’approche clinique des conduites de dépendance nous mettait fréquemment en présence d’histoires singulières, marquées par des difficultés dans l’intégration des processus de séparation. L’adolescence de ces jeunes gens révélait des dépendances non résolues qui entraînaient une vulnérabilité particulière, souvent une incapacité à être seul.<br />
Alors dans ces conditions, le recours au comportement toxicomaniaque devient une modalité d’apaisement vis-à-vis d’un éprouvé d’angoisse qui rend incertain le sentiment de continuité d’être. Agir devient une nécessité impérieuse pour essayer d’effacer toute trace de l’objet manquant, source d’une possible désorganisation anxieuse. Ici la violence de la sensation rend inutile l’activité psychique de symbolisation et évite la dépression.<br />
A partir de notre pratique de soin, nous avons considéré la question de la prévention : si les aléas du devenir adulte entraînent certains adolescents dans des conduites addictives qui visent à anesthésier la souffrance psychique, due à des ratées de la séparation, comment prévenir ?<br />
Répondre à cette interrogation nous demande de préciser ce que nous voulons prévenir. De façon générique, ce sont les effets traumatiques de la souffrance ; mais qu’est-ce qui est traumatique ? Ce qui déborde les capacités du moi à élaborer pour lui-même une réponse satisfaisante lorsqu’il est confronté à trop d’angoisse.<br />
Dans le paysage psychanalytique de l’époque plusieurs auteurs font pour moi référence. Je pense notamment à Michel Fain, à Michel de M’Uzan, à Piera Aulagnier et également à Julia Kristeva.<br />
Michel FAIN développait une pensée à partir de ce qu’il nomme le chaos primitif indifférencié dont émerge peu à peu l’ordre symbolique. Les notions de « censure de l’amante » et de « procédés auto calmants » en constituent deux joyaux.<br />
Michel de M’Uzan parlait des « esclaves de la quantité » à propos des patients présentant des difficultés de mentalisation. Personnes soumises à des quantités d’excitations telles, qu’elles ne laissent aucune place à un émoi proprement dit. La répétition de l’identique est dépourvue de fonction élaboratrice. Le destin de la personne est arrêté par le pouvoir de la quantité. Comme une abolition du temps pouvant se traduire par des vécus de crises, de détresse, ou d’agonies psychiques.<br />
Piera Aulagnier insistait, quant à elle, sur l’importance du porte-parole désignant ainsi la fonction maternelle interprétante qui aidera, ou pas le regard de l’enfant à se détacher du corps maternel, pour créer de nouveaux liens symboliques.<br />
Quelque temps plus tard, Julia Kristeva évoquant les nouvelles maladies de l’âme, constatait : « pressés par le stress, impatient de gagner et de dépenser, de jouir et de mourir, les hommes et les femmes d’aujourd’hui font l’économie de cette représentation de leur expérience qu’on appelle une vie psychique. L’acte et sa doublure, l’abandon, se substitue à l’interprétation du sens ».<br />
Riche de ces réflexions, dans un contexte où l’utilisation institutionnelle et l’utilisation sociale des acquis de la psychanalyse est à l’ordre du jour (les travaux de Paul Claude Racamier – un psychanalyste sans divan – et Françoise Dolto – ouverture de la Maison Verte à Paris en janvier 1979) je rencontre des professionnels de la petite enfance, particulièrement attentifs à la socialisation précoce du jeune enfant qui envisagent un projet dont l’objectif est d’aider l’enfant à atteindre l’autonomie en évitant les troubles de la socialisation que favorise la vie moderne.<br />
L’idée de l élaboration d’un lieu comme la Maison Verte qui se soucierait de l’intégration des processus de séparation chez le jeune enfant ne pouvait qu’obtenir mon adhésion. Ce fut là le début d’une collaboration qui dura vingt ans.</p>
<p>Elément essentiel qui peut caractériser cette expérience d’accueil.</p>
<p>L’accueil partagé s’est imposé à moi comme l’élément caractéristique de cette expérience. Etre accueillant à la Véranda c’est proposer un visage où se dire selon une modalité particulière compte tenu de la pluralité des accueillants. Ici ce qui compte c’est la qualité des interventions ; comme l’a écrit Marie-José D’Orazio du Jardin Couvert de Lyon : « avec les mots échangés l’enfant ressent ce qu’il sent. Interprétés ses sensations et ses cris l’inscrivent dans un rapport aux autres et à lui-même ».<br />
Mais pouvons-nous définir les conditions d’une présence étayante ? Nous savons qu’un trop de présence n’a pas fonction d’étayage et peut réactiver des vécus d’emprise …<br />
La diversité au sein de l’équipe d’accueillants où le jeu des différences personnelles doit pouvoir s’exprimer, offre une modulation possible des appuis.<br />
Cependant, il ne suffit pas d’être ensemble et différents pour que cela fonctionne. Un processus de coopération dans l’accomplissement d’une intentionnalité collective s’avère nécessaire. Cette intentionnalité collective concerne l’accueil de l’inconscient ; l’essentiel réside dans une ouverture à l’expression des contenus inconscients en ne restant pas collé aux propos manifestes. De la capacité de rêverie des accueillants dépendra l’éclosion d’un sens qui n’est pas encore advenu. Ils sont partenaires engagés dans une co-production d’un lien inter subjectif. A cet égard l’inter-transfert doit faire l’objet d’une attention particulière. Le rapport de place entre les accueillants partenaires de l’accueil soutient une dynamique de liens inter subjectifs ; cette dynamique mobilise des mouvements transférentiels qui se développent entre les accueillants.<br />
Afin que ces mouvements ne se réduisent pas à des répétitions mais permettent aussi l’accès à une création, une exigence d’élaboration, condition d’une liberté de parole, s’avère indispensable. Seule la constitution de cet espace d’échange entre les accueillants apporte, me semble-t-il, la garantie de cette légèreté du lien d’un accompagnement par la parole de l’expérience de l’enfant.<br />
L’air de rien la tâche est complexe car il s’agit d’une écoute polyphonique où se font entendre ses propres voix intérieures, les résonances subjectives générées par ses partenaires accueillants, et par la présence de l’enfant aux prises avec un discours maternel, en situation de groupe.<br />
Ainsi, les effets de rencontres organisent un fond à partir duquel se tisse de l’altérité dans la mesure où les accueillants témoignent de ce plaisir de penser ensemble.<br />
Dans cette perspective, les accueillants m’apparaissent comme des artisans du presque rien, engagés dans une dynamique du provisoire, au service d’un processus d’humanisation.</p>
<p>J.-L. BERATTO<br />
Psychologue au SMPU (CHS St-Egrève)<br />
Président honoraire et ancien accueillant à la Véranda.</p>
<p>? Texte de Martine PETIT</p>
<p>A la Véranda nous ne faisons pas de prédictions et nous ne donnons pas de conseils. Pourquoi ?<br />
Ce que l&#8217;on accueille ce ne sont pas des situations ou des problèmes, mais des personnes, des paroles.<br />
Par exemple des parents nous disent : « nous sommes épuisés, notre enfant nous réveille toutes les nuits depuis des mois».<br />
Il appelle. La mère, le père sont épuisés de répondre à cet appel chaque nuit&#8230; sans résultat. A la Véranda nous n&#8217;en savons pas plus que les parents sur ce qui fait crier leur enfant, mais on va tenter d&#8217;en entendre quelque chose de cet appel avant d&#8217;y répondre.<br />
On ne s&#8217;attache pas à un comportement qui déterminerait l&#8217;enfant mais à ce qu&#8217;il signifie pour cet enfant que nous accueillons, pour ses parents, dans sa famille.<br />
Les conseils sont issus de l&#8217;expérience individuelle non généralisable ou d&#8217;une généralisation statistique qui ne dit rien des individus. Ils sont utiles, les parents en ont besoin pour se construire leur propre expérience mais ils les trouvent ailleurs&#8230;ou auprès des autres parents lors d&#8217;un accueil.</p>
<p>A la Véranda nous leur proposons autre chose.<br />
Quand nous sommes accueillants nous n&#8217;avons ni truc ou ficelle, ni statistique, ni un savoir constitué éducatif ou médical ou psychologique.<br />
Nous ne pouvons rien prédire.<br />
Non un enfant qui dort toutes les nuits dans le lit de ses parents pendant ses premiers mois ne va pas forcément avoir des problèmes d&#8217;autonomie,<br />
Non un enfant qui pendant une période va agresser et mordre les autres n&#8217;est pas sur une mauvaise pente, celle de la délinquance.</p>
<p>Ce que nous pouvons faire c&#8217;est prévenir.<br />
Ce qui se noue dans ces moments va avoir des conséquences que nous ignorons sur le devenir de l&#8217;enfant, nous pouvons aider les parents à en entendre, c&#8217;est à dire en comprendre, quelque chose avant que le nœud trop serré ne fasse souffrir.<br />
Prévenir c&#8217;est offrir un cadre où s&#8217;élabore une pensée sur ce qui se passe dans la relation; glisser de « comment ça se passe ? » à « comment ça se pense ? ».</p>
<p>Par exemple un allaitement comment ça se passe.</p>
<p>Paroles de mère</p>
<p>Une mère allaite son bébé, elle regarde son enfant, elle lui parle, l’encourage, commente son appétit :<br />
« Tu as faim! Quel goulu ! Doucement »<br />
« Tu exagères, tu me fais mal »<br />
« Allez tête encore, ne t’endors pas »<br />
« Tu n’as pas beaucoup mangé »<br />
« Calme-toi je vais te donner le sein » etc.…</p>
<p>Ils partagent quelque chose de très intime : des sensations corporelles, des éprouvés de plaisir, de déplaisir, des sentiments et des mots. Avec le lait la mère donne à manger, avec la voix elle donne à entendre. Pour l’enfant à entendre quelque chose de cette expérience qu’il est en train de vivre. Il se nourrit alors d’aliment et de sens, reçoit du lait et des mots. </p>
<p>L&#8217;enfant crie et puis le lait arrive qui amène la satisfaction corporelle, le liquide chaud empli la bouche et comble l’enfant. L’expérience se répétant le cri deviendra appel, le son se chargera de sens.</p>
<p>Dans ce moment retrouvé de proximité corporelle qu’est l’allaitement la mère va devoir établir une distance psychique, une relation d’échange, instaurer un lien qui passe par le père. Alors elle parle, elle prend langue, pendant que l’enfant joue de sa langue pour téter, suçoter, saisir, lâcher. Ce double jeu des langues va permettre identification et différenciation.<br />
Pour sortir de la captation imaginaire qui ferait de l’enfant un prolongement du corps maternel privé d’individualité, la mère a besoin de la médiation symbolique du langage qui les introduit dans le registre tri-dimensionnel de ce qu&#8217;on appelle “la loi du père”. Il y a alors je/tu, l’intérieur/l’extérieur, soi/l’autre, différences au fondement de la subjectivité.<br />
C&#8217;est là que l&#8217;on peut soutenir la mère par notre écoute et nos paroles.</p>
<p>La mère dit « je vais te donner LE sein » et non pas « MON sein », « MON sein » c’est moi et le glissement pourrait allez jusqu’à « mon enfant » c’est moi. « LE sein » est objet (a), objet du désir toujours reporté (de signifiant en signifiant) parce que représentant le manque fondamental vécu par l’enfant séparé de sa mère à la naissance.<br />
La mère regarde son enfant en train de téter. Elle le voit satisfait, apaisé ou fébrile.<br />
Qu’éprouve-t-elle ? Corporellement du plaisir, du désagrément, de la douleur ? Et psychiquement, de la satisfaction, de l’angoisse ?<br />
La mère va interpréter :<br />
En avalant le lait l’enfant avale l’interprétation maternelle qui nomme les éprouvés, leur assigne un statut de sentiments, sentiments dont l’enfant va pouvoir se saisir pour en dire quelque chose, les reprendre à son compte . Pour citer Lacan « le langage fait prendre de la distance par rapport au réel vécu ».<br />
Quand elle le regarde téter la mère voit son enfant comme sujet d’un désir propre :<br />
« Qu’est ce que tu veux? Je ne comprends pas ! »<br />
« Tu en veux encore ? »<br />
« Tu es trop pressé »<br />
Désir auquel elle peut mettre des limites :<br />
«Ça suffit, tu tétouilles, ce n’est pas une tétine »</p>
<p>Le Désir de la Mère articulé au Nom du Père introduit dans la relation le manque à l’origine d’une demande d’amour, au delà de la demande de lait, à jamais inassouvie.<br />
Ainsi certaines fois le bébé pleure, sa mère lui présente le sein et l’enfant détourne la tête, inconsolable il laisse la mère dans un état de désarroi face à cette demande sans réponse. Ils sont l’un et l’autre manquant à l’appel. A nous d&#8217;être là pour accueillir ce désarroi et leur permettre d&#8217;en sortir.<br />
Cette première langue qui arrive à l’enfant dans le même temps que le lait, est la langue maternelle par excellence qu’elle soit plus tard employée ou oubliée c’est celle qui fait du bébé un petit d’homme sujet de son désir. </p>
<p>Paroles des autres</p>
<p>Les mères allaitent aussi en compagnie d’autres, en famille, avec des amis, dans le lieu d’accueil&#8230;<br />
Dans ces moments la mère est tournée vers cette compagnie, sans oublier d’entendre l’enfant qui tête, quand il se manifeste. Elle alterne attention à l’un, attention aux autres, entraînant l’enfant dans ce mouvement de triangulation. Lui aussi peut alterner attention au sein, attention à l’autre.<br />
La mère peut réagir : « arrête de gigoter » « allez mange » « tu es distrait » « ça t’intéresse ? ».<br />
Les autres en disent quelque chose parfois de ce qu&#8217;ils voient.<br />
Plus l’enfant grandi plus ces paroles vont venir exprimer une interrogation voire une désapprobation portée sur la relation duelle. Est-ce bien ou non d&#8217;aller longtemps? Nous n&#8217;entrons pas dans ce débat de l&#8217;âge moyen&#8230;idéal&#8230;</p>
<p>Nous écoutons :<br />
« Il est bien grand ! Vous l’allaitez encore ? »<br />
« Tu ne crois pas que ça suffit ? »<br />
« Lâche le un peu ton fils ! »<br />
« C’est trop ! »<br />
Ces jugements, ces conseils peuvent être vécues comme intrusifs par les mères et elles s&#8217;en défendent: « on » ne sait pas comme c’est bon pour les enfants, «on» est envieux parce qu’« on » n’a pas allaité soi-même, « on » est des empêcheurs d’allaiter en rond, « on » se mêle de ce qui ne nous regarde pas.<br />
Justement qu’est qui ne nous regarde pas de ce duo lorsque que s’impose à nous l’idée que l’enfant est trop grand ? C’est peut-être lui, l’enfant dont le regard est capté par ce sein qui ne se dérobe pas, qui est là à son entière disposition, il suffit à combler tous ses désirs et nous nous sentons de trop, inutile, transparent.<br />
Ce sentiment de malaise né du moment où ce à quoi nous assistons n’est plus une mère qui donne le sein mais un enfant qui le prend sans avoir besoin de le demander.<br />
Les mots ne sont pas nécessaires entre l’enfant et la mère puisque l’enfant a acquis une autonomie de mouvement et peut se servir tout seul. Dans cette position de toute-puissance il peut crier si ça lui résiste mais il n’a pas à formuler une demande, à faire entendre un appel.<br />
Il n’y a plus de paroles, mais cacophonie ou mutisme d’où nous sommes exclu.<br />
Ainsi nous avons pu assister parfois lors des accueils à la constitution d’un groupe de mères qui, revendiquant ce choix d’un allaitement long, se ferment aux autres, ignorant même la présence des accueillants. Les enfants sont difficiles à comprendre ou évitent toute communication.<br />
Lorsqu’on leur demande jusqu’à quand elles pensent allaiter, certaines de ces mères répondent tant que l’enfant voudra, c’est lui qui décide&#8230;comme d’un sevrage à l’envers où c’est l’enfant qui vient mettre un terme à la relation fusionnelle.<br />
La mère dans sa difficulté de renoncer à son rôle d’objet privilégié ne peut comprendre de quoi parlent les autres. Ils réintroduisent de l’espace là où il y a collage, de l’altérité là où il y a unité illusoire.</p>
<p>Ils parlent la langue de tous, qui prend le relais de la langue «maternelle» celle qui a instaurer l’enfant dans une position subjective, mais doit le laisser s’échapper de son emprise pour qu’il prenne acte que la mère n&#8217;est pas tout (castration maternelle) et qu&#8217;il se place dans une position d’en savoir plus.<br />
A nous de l&#8217;accompagner un temps sur ce chemin, son histoire, dont ni lui ni nous ne savons la fin, mais que nous pouvons toujours rêver&#8230;</p>
<p>Martine PETIT<br />
Psychanalyste, accueillante à la Véranda</p>
<p>? Psychanalyse et prévention : L’accueil à la Véranda.<br />
Par Irène BAIZE</p>
<p>Un enfant de 8 ans s&#8217;adresse à sa tante :<br />
- &laquo;&nbsp;Tante, dis-moi quelque chose, j&#8217;ai peur parce qu&#8217;il fait noir.<br />
- A quoi cela te servira-t-il puisque tu ne peux pas me voir ?<br />
- Ça ne fait rien, du moment que quelqu&#8217;un parle, il fait clair.&nbsp;&raquo;<br />
Sigmund Freud </p>
<p>Comme vous le savez, &laquo;&nbsp;La Véranda&nbsp;&raquo; s&#8217;adresse aux enfants, de la conception jusqu&#8217;à quatre ans, en présence d&#8217;un proche, car c&#8217;est la période essentielle de la construction du psychisme humain et du remaniement des investissements familiaux.<br />
&laquo;&nbsp;La Véranda&nbsp;&raquo; se veut un lieu de prévention des troubles individuels graves, des difficultés de la vie quotidienne ou des troubles sociaux. Et la psychanalyse est l&#8217;outil théorique de notre expérience.<br />
Donc, notre dessein n&#8217;est pas d&#8217;éduquer, d&#8217;assister ou de soigner, mais d&#8217;accueillir la parole, non pas dans le sens restrictif de verbiage ou de bavardage, mais pour permettre à chacun de lui donner son contenu profond de &laquo;&nbsp;parler vrai&nbsp;&raquo; et d&#8217;être entendu.<br />
Permettez-moi de rendre hommage à Françoise DOLTO avec qui j&#8217;ai eu la chance de travailler. De son oeuvre, plus que jamais essentielle à transmettre, je retiens la vitalité de la parole et l&#8217;engagement subversif du psychanalyste dans la cité car ils sont au vif de nos accueils.<br />
J&#8217;ai choisi de vous présenter très rapidement les quatre axes qui structurent notre expérience. Ils sont indispensables au travail de prévention tel que nous le concevons depuis 20 ans à La Véranda. Je conclurai sur notre conception de la prévention qui, vous vous en doutez, n&#8217;est pas à confondre avec la prédiction.</p>
<p>Nous avons conçu &laquo;&nbsp;La Véranda&nbsp;&raquo; pour être à la fois : </p>
<p>- un lieu d&#8217;accueil récréatif, re-créatif,<br />
- un lieu de parole,<br />
- un lieu de socialisation,<br />
- un lieu d&#8217;accueil partagé.</p>
<p>A. Maintenant, entrons à La Véranda :</p>
<p>1/ La Véranda est un lieu d&#8217;accueil récréatif &#8211; recréatif.<br />
En effet, l&#8217;adulte et l&#8217;enfant ont le choix d&#8217;y participer à des échanges variés dans un climat de convivialité. Ils découvrent de nouvelles expériences récréatives ou les inventent dans le jeu imprévisible de la diversité des rencontres. Ils ont aussi le choix d&#8217;un retour à l&#8217;intériorité en rupture avec le quotidien : se reposer, rêver, fantasmer dans la vacuité d&#8217;une présence-absence à soi-même et dans une disponibilité ouverte à son imaginaire.<br />
Ces expériences de reconnaissance et d&#8217;intériorisation de la réalité extérieure comme de prise de conscience et d&#8217;investissement des processus internes, se vivent et se partagent sans contrainte. Elles permettent simultanément : de s&#8217;approprier ce qu&#8217;on aime, de rejeter ce qui dérange et, hors conformisme, de négocier ou de mettre à l&#8217;épreuve ses idéaux. Elles favorisent aussi la mise en place des liens entre la réalité intérieure et la réalité extérieure. Ces éléments de liaison structurent de nouvelles dynamiques et font naître d&#8217;autres formes d&#8217;objets, de fantasmes ou de pensées.<br />
Ces récréations &#8211; recréations ont des effets de prévention dans la mesure où s&#8217;y déploie et s&#8217;y déjoue la répétition à l&#8217;infini des mouvements pulsionnels, comme leur déliaison d&#8217;avec d&#8217;anciens traumatismes.<br />
Je vais vous illustrer mon propos avec l&#8217;accueil de Jacques, 3 ans, arrivant avec sa mère à &laquo;&nbsp;La Véranda&nbsp;&raquo;.<br />
Il s&#8217;agite, touche à tout, ne se fixe sur aucun jeu, n&#8217;entre en contact avec personne, revient se coller à sa mère. Il finit par s&#8217;endormir malgré le vacarme. Sa maman, en dépit de quelques sollicitations, reste solitaire et dans une attitude de repli silencieux. A l&#8217;heure de la fermeture elle participe aux rangements : efficace mais toujours réservée. Juste au moment de nous quitter, elle me demande un verre d&#8217;eau pour prendre un cachet.<br />
Les fois suivantes, nos tentatives de dialogue retombent et visiblement la dérangent. Cela étonne les uns, angoisse les autres, mais nous respectons son attitude.<br />
Jacques amorce quelques liens fragiles puis de nouveau s&#8217;endort.<br />
Après six mois d&#8217;absence, cette femme reviendra nous remercier de l&#8217;avoir laissée se reposer sans la déranger. D&#8217;avoir profité simplement de l&#8217;ambiance : animée, chaleureuse, calme ou bruyante. D&#8217;avoir entendu évoquer des histoires un peu &laquo;&nbsp;bric à brac&nbsp;&raquo;, cela l&#8217;avait aidée à ne plus se morfondre dans ses soucis et ses angoisses suicidaires, mais surtout à mieux contenir sa violence à l&#8217;égard de son fils très agité.<br />
Jacques, soulagé de ce que &laquo;&nbsp;La Véranda&nbsp;&raquo; soutenait sa mère, pouvait se décharger de ses tensions internes d&#8217;enfant thérapeute et s&#8217;accorder du repos. Ils repartaient de ce lieu d&#8217;accueil à la vie à la fois apaisés et revivifiés.</p>
<p>2/ &laquo;&nbsp;La Véranda&nbsp;&raquo; est un lieu de parole.<br />
&laquo;&nbsp;La Véranda&nbsp;&raquo; est un lieu de parole et non d&#8217;activité. Chacun à sa façon, à son rythme, sans obligation de parole, peut y déposer ou y élaborer les questions, les incertitudes, ou encore les angoisses concernant la grossesse, l&#8217;allaitement, le sommeil, les modes de garde, etc..<br />
La parole vient faire tiers et signifier. Elle fait naître le sujet à la parole et l&#8217;inscrit dans l&#8217;histoire.<br />
Le langage du corps est également entendu. Il s&#8217;évoque à partir des joies et des aléas de l&#8217;acquisition de la propreté, des jeux moteurs, de la marche, etc. Pour le bébé, il ne s&#8217;agit pas de lui dire tout et n&#8217;importe quoi mais de le toucher dans son corps, c&#8217;est à dire de relier le mot à l&#8217;émotion.<br />
La parole est notre outil de travail car elle constitue le sujet du désir et l&#8217;être social dans les liens d&#8217;aliénation et de séparation qui se tissent avec l&#8217;entourage.<br />
La clef de la santé de la petite enfance réside dans l&#8217;intégration de la vie pulsionnelle. La vitalité de la parole singulière lui donne du sens, la dégage des sensations et des leurres imaginaires, voire dénonce les ruses de l&#8217;inconscient. Il en résulte des effets de prévention, si quelqu&#8217;un la reçoit et instaure celui qui s&#8217;y est risqué comme un sujet en devenir, &laquo;&nbsp;allant-devenant dans le génie de son sexe&nbsp;&raquo; disait Françoise Dolto.<br />
L&#8217;accueil de Thierry:<br />
Thierry a deux ans et demi. Il ne quitte pas sa mère et tient en permanence un tourne-disque avec lequel il ne joue pas.<br />
Sa mère nous dit qu&#8217;il est insomniaque, a peur du noir, fait de violentes colères, refuse de rester seul dans sa chambre. Il mange très peu et lorsqu&#8217;on le force, il crache ou rumine. Il refait pipi de jour dans ses culottes.<br />
Au moment du goûter, une maman tend des gaufrettes à Thierry. Sa mère précise : &laquo;&nbsp;il n&#8217;en mange jamais, il est comme moi, il ne goûte rien. Quand j&#8217;étais enfant je n&#8217;avalais que de la purée-semoule&nbsp;&raquo;.<br />
Nous écoutons le récit des difficultés alimentaires actuelles et précisons à Thierry qu&#8217;il est un garçon différent de sa maman et que ses goûts peuvent l&#8217;être aussi. Sait-il par exemple si son père aime les gâteaux ? Thierry regarde sa mère et n&#8217;ose se servir.<br />
&laquo;&nbsp;Lui permettez-vous d&#8217;essayer, Madame ?&nbsp;&raquo; Elle acquiesce mais nous garantit qu&#8217;il le crachera.<br />
&laquo;&nbsp;Eh bien Thierry, à la Véranda, tu peux dire à tous, aussi bien qu&#8217;à ta mère, si tu aimes ou non les gaufrettes&nbsp;&raquo;.<br />
Au cours d&#8217;une rencontre, à l&#8217;heure du goûter, sa maman sort un paquet de gaufrettes car toute la semaine son fils lui en a réclamé. Il s&#8217;en régale mais refuse d&#8217;en offrir, ce qui lui vaut la réprobation maternelle. Nous parlons des difficultés de partage et sa mère se souvient des bagarres avec ses frères quand il lui fallait partager les jouets.<br />
Thierry reste collé à son tourne-disque, observe sans rien dire à l&#8217;entourage mais ne se lie pas.<br />
Sa maman nous confie les ennuis qu&#8217;elle a depuis la naissance de Thierry.<br />
La grossesse a été menée à terme malgré d&#8217;incessants vomissements. Malgré l&#8217;aide morale de son mari, l&#8217;accouchement reste un mauvais souvenir.<br />
Lorsque Thierry atteint ses trois mois, ils changent de région et son mari ne rentre plus que le week-end. Elle se trouve isolée, loin des liens familiaux, sans perspective de travail.<br />
Elle se sent prisonnière et coincée par ce bébé. Ne trouvant plus le sommeil, elle prend son fils dans son lit la nuit. Le jour, elle pleure, s&#8217;ennuie, devient nerveuse, boulimique et l&#8217;enfant l&#8217;agace. Elle l&#8217;isole dans sa chambre en lui mettant de la musique. Thierry fait des poussées de fièvre sans que le pédiatre consulté ne décèle d&#8217;autres symptômes.<br />
Son mari obtient un emploi plus proche.<br />
Thierry doit regagner sa chambre et commence ce qu&#8217;elle appelle &laquo;&nbsp;son calvaire&nbsp;&raquo;. L&#8217;enfant refuse de s&#8217;endormir, hurle et rien ne le console sinon l&#8217;épuisement et l&#8217;augmentation des doses de somnifères. &laquo;&nbsp;Je lui en donnais même dans la journée pour le calmer car à la moindre contrariété, il faisait des colères si violentes qu&#8217;il se tapait la tête contre les murs.&nbsp;&raquo;<br />
A l&#8217;écoute des propos maternels, Thierry se met à donner des coups de pied dans la balustrade de &laquo;&nbsp;la Véranda&nbsp;&raquo; avec férocité. Je lui dis qu&#8217;il était sans doute difficile pour lui de vivre le jour avec une maman seule et triste.<br />
Comme la nuit il dormait près d&#8217;elle, il a peut-être cru qu&#8217;il devait remplacer son père, oubliant sa place de fils. Avec tous ces changements, il ne s&#8217;y retrouvait plus et cela le rendait furieux.<br />
La fois suivante, il arrive avec ses parents.<br />
Son père nous dit que sa femme devient moins nerveuse et que son fils dort et mange mieux. Toutefois les disputes sont fréquentes.<br />
Sans apporter ni solution ni résolution magique à ses difficultés, notre écoute permet un dire nouveau et l&#8217;expression d&#8217;émotions. Cette maman réalise alors qu&#8217;elle en a trop subi.<br />
Nous lui indiquons qu&#8217;un traitement lui permettrait d&#8217;échapper à la répétition de la violence sur son enfant. Elle nous demandera quelque temps plus tard des adresses de psychanalystes car ils ne lui font plus peur.</p>
<p>3/ La Véranda est un lieu de socialisation.<br />
Les impératifs de la vie sociale moderne confrontent les parents et leurs enfants à des changements de lieux d&#8217;habitation. Cette &laquo;&nbsp;itinérance&nbsp;&raquo; pour des raisons de travail ou de recomposition familiale entraîne des changements répétés de mode de garde ou des parachutages dans des groupes nouveaux. La perte des repères des lieux de vie et de l&#8217;entourage familier devient alors rupture douloureuse ou traumatisante si elle est imposée et vécue sans période d&#8217;adaptation pour se situer.<br />
Pour travailler psychiquement au passage de l&#8217;enfant à la vie sociale sans violence adaptatrice ajoutée, nous disposons d&#8217;une pratique des limites. Au fur et à mesure du développement de la pensée de l&#8217;enfant, nous le convions à découvrir et à éprouver les règles établies par &laquo;&nbsp;la Véranda&nbsp;&raquo; pour vivre en compagnie des autres. Il construit pas à pas son être social en composant avec les positions issues de son environnement familial et en s&#8217;appropriant les règles de ce lieu intermédiaire.<br />
Donc, lorsqu&#8217;il devra intégrer une collectivité plus large, étrangère à ses repères habituels, ce noyau de socialisation pourra lui servir de support.<br />
Des règles sont énoncées et expliquées pour assurer la sécurité :<br />
a) l&#8217;adulte n&#8217;aide un enfant à réussir que ce qu&#8217;il a envie de faire ;<br />
b) l&#8217;enfant respecte un espace délimité lorsqu&#8217;il utilise un engin à roues ;<br />
c) l&#8217;enfant met un tablier pour jouer à l&#8217;eau ;<br />
d) l&#8217;adulte est lui-même soumis à la règle de ne pas quitter le lieu en laissant l&#8217;enfant. Cette limite fonde la construction de la séparation sur le paradoxe de se séparer d&#8217;abord en présence de l&#8217;objet sécurisant.<br />
Ainsi, Carole, 18 mois, hurle en arrivant, refuse que sa mère la déshabille de peur d&#8217;être laissée comme à la crèche. Elle s&#8217;agrippe à sa mère dans la crainte qu&#8217;elle ne l&#8217;abandonne. Nous lui disons qu&#8217;à &laquo;&nbsp;la Véranda&nbsp;&raquo;, sa maman restera avec elle comme elle peut le constater aussi pour les autres enfants dont les mères s&#8217;occupent. Puis, nous écoutons sa mère raconter son sentiment de culpabilité de devoir la confier à des inconnus, sans pouvoir imaginer ce qu&#8217;elle devient.<br />
Petit à petit, Carole se calmera, commencera à évoluer dans la pièce, gardant sa mère sous son regard. Plus tard, elle s&#8217;enhardira à des allers et retours rapides jusqu&#8217;à la pièce voisine, revenant vérifier la présence maternelle, voire solliciter son aide, preuve qu&#8217;elle ne disparaît pas.<br />
Ces jeux remanient les investissements des processus d&#8217;aliénation et de séparation. Comme ils sont vécus cette fois dans l&#8217;étayage mutuel et sécurisant des échanges, des regards et des paroles, ils favorisent un détachement de l&#8217;objet sans angoisse de perte mortifère.</p>
<p>4/ La Véranda est un lieu d&#8217;accueil partagé.<br />
Vivre ensemble entre parents, enfants et accueillants plusieurs heures consécutives nous confronte à des scènes banales où se rejoue la vie familiale avec ses conflits autour du goûter, des jeux, de l&#8217;habillage. Parfois, ce sont des moments de négligence ou d&#8217;excès d&#8217;intervention des parents, voire des violences entre enfants qui revendiquent le même objet.<br />
Les accueils nous engagent donc au risque toujours surprenant des rencontres dans leurs dimensions aventureuses.<br />
Pour intervenir de façon ajustée, nous avons établi deux modalités d&#8217;accueil partagé.<br />
L&#8217;accueil est partagé une première fois par chaque équipe dans le temps immédiat de l&#8217;expérience relationnelle vécue. Au fil des accueils communs se met en place une dynamique d&#8217;échange, où chacun peut compter sur l&#8217;autre pour éviter le risque d&#8217;une illusion fusionnelle ou d&#8217;un morcellement sans lien avec autrui.<br />
Puis, une seconde fois, l&#8217;accueil se partage dans la communauté des accueillants au cours d&#8217;une réunion mensuelle. Ce second temps favorise l&#8217;historisation de nos réactions et l&#8217;élaboration de l&#8217;esprit commun de notre travail.<br />
Ainsi, nous restons vigilants à éviter les pièges aliénants de la séduction, de la réparation, de la complicité dans la dépendance, des compréhensions instantanées et des interprétations passe-partout.<br />
Ces échanges sont indispensables à notre formation d&#8217;accueillants et à ce qu&#8217;au fil du temps nous le restions. Telle est notre propre prévention pour éviter les dérives ou l&#8217;édulcoration de notre projet.</p>
<p>B. Notre conception de la prévention repose sur 4 choix :</p>
<p>1. Une conception de l&#8217;être humain comme sujet parlant en lien avec<br />
l&#8217;apport théorique et clinique de la psychanalyse.<br />
2. Le refus d&#8217;une prédiction mécaniste.<br />
3. Le refus d&#8217;une prédiction normalisante.<br />
4. La prise en compte de la créativité du sujet.</p>
<p>1. Une conception de l&#8217;être humain comme sujet parlant en lien avec l&#8217;apport théorique et clinique de la psychanalyse.<br />
La vie psychique humaine dépend des relations qui s&#8217;établissent entre l&#8217;enfant et sa famille. Les conflits sont inévitables, voire nécessaires. Ils structurent la personnalité en devenir. Toutefois, il arrive que les conflits s&#8217;enlisent, deviennent insupportables, fassent souffrir, sans que le recours au bon sens habituel soit un secours suffisant.<br />
Notre activité, référée à la psychanalyse, science du vivant donc de l&#8217;aléatoire et de l&#8217;incertain, se déploie dans une structure rigoureuse et essentiellement dans le champ du langage. En effet, la psychanalyse ne se dissout pas dans l&#8217;action ou la réduction du sujet à ses comportements mais elle impose une éthique qui fonde l&#8217;acte dans la parole, la transmission, la reconnaissance de l&#8217;altérité. Notre action relève donc de l&#8217;engagement de chaque participant dans ses paroles et dans l&#8217;écoute d&#8217;histoires singulières énoncées au gré des liens qui se tissent. Elle prend le risque de l&#8217;imprévisible des propos. De ces récits inédits découle un pouvoir de prévention. Notre expérience de prévention ne s&#8217;inscrit donc pas comme un préalable obligé. Elle résulte des effets de la parole sur chacun.<br />
De plus, se référer à l&#8217;expérience analytique ouvre à une nouvelle conception du corps, du symptôme et des relations. Nous ne concevons donc pas notre travail de prévention sur le modèle médical des vaccinations précoces pour enrayer les épidémies. Bien que nous situant au moment du développement précoce de l&#8217;enfant, nous n&#8217;avons pas à intervenir de façon prématurée mais à respecter les symptômes le temps de leur élaboration.</p>
<p>2. Le refus d&#8217;une prédiction mécaniste.<br />
L&#8217;expérience de la cure analytique montre que la causalité psychique relève d&#8217;un savoir issu d&#8217;une temporalité d&#8217;après-coup comme de remaniements des événements lors de leur remémoration dans le cadre d&#8217;un transfert sur une personne où s&#8217;analysent et s&#8217;interprètent les désirs inconscients.<br />
Notre travail de prévention n&#8217;est pas une cure, mais il s&#8217;inscrit dans cette logique de causalité singulière. Par conséquent, il exclut une causalité déterministe et mécaniste qui établirait des corrélations entre un contexte événementiel et des pathologies<br />
Nous nous contentons de fournir des hypothèses qui auront des effets de sens pour l&#8217;enfant et les parents. Cela suffit à prévenir les conflits ordinaires, à mobiliser les distorsions dues aux empiètements qui troublent la maturation ou à désamorcer les angoisses nées des séparations précoces, prolongées et mal préparées, qui engendrent des carences affectives ou des tendances antisociales.<br />
Donc, à contre-courant de l&#8217;inflation actuelle, nous n&#8217;établissons ni dossier, ni étude de cas, ni à fortiori de grilles d&#8217;indicateurs de risques. Nous ne sommes au service d&#8217;aucun contrôle social.</p>
<p>3. Le refus d&#8217;une prédiction normalisante.<br />
Pour sortir de la &laquo;&nbsp;normalisation&nbsp;&raquo;, nous ne nous référons pas à un idéal de maîtrise ou d&#8217;absence de pathologie mais nous offrons un lieu d&#8217;expériences vécues et parlées dans des conditions où l&#8217;enfant peut s&#8217;autonomiser et créer le système de protection et de défense de sa sécurité intérieure.<br />
Pour éviter l&#8217;écueil d&#8217;une référence à un modèle idéalisé d&#8217;enfant ou de parent qui nous enfermerait dans un registre d&#8217;imitations comme remède passe-partout pour régler les difficultés et maîtriser l&#8217;avenir, nous disposons de notre travail de nomination, donc de différenciation.<br />
Enfin, nous savons qu&#8217;un bon environnement est nécessaire pour soutenir la maturation de l&#8217;enfant et, en même temps, nous ignorons ce qui le représente pour chaque enfant. Par conséquent nous en parlons.</p>
<p>4. La prise en compte de la créativité du sujet.<br />
Nous savons que si des rencontres créatives conditionnent des remaniements dialectiques, nous ignorons l&#8217;élément qui aura permis un changement, voire aussi bien lequel des protagonistes aura changé. Par conséquent, comme nous le rappelle Winnicott : &laquo;&nbsp;La créativité du patient, le thérapeute qui en sait trop peut la lui dérober. Ce qui importe, ce n&#8217;est pas tant le savoir du thérapeute que le fait qu&#8217;il puisse cacher son savoir et se retenir de proclamer ce qu&#8217;il sait&nbsp;&raquo;.<br />
Ainsi nous soutenons que personne ne sait a priori pour personne car le sujet n&#8217;est jamais étranger à ses remaniements. Il annule tôt ou tard ce qui se fait pour lui, sans lui, soit sans tenir compte de sa créativité.<br />
Après 20 ans d&#8217;expérience, nous constatons que &laquo;&nbsp;la parole à la Véranda&nbsp;&raquo; a un véritable effet de prévention lié à notre présence effective lorsque nous savons entendre un appel et nouer une alliance de travail sans curiosité intempestive ni savoir préétabli.<br />
Nous constatons aussi que la parole a des effets repérants à terme, lorsque l&#8217;on vient, même sans symptôme, pour son plaisir et sa détente, parler avec d&#8217;autres à la Véranda.<br />
Ces autres sont un ensemble: un lieu, un temps, des accueillants, des parents, des enfants, des paroles qui cheminent et qui veulent dire et transmettre.<br />
Comme le propose un proverbe chinois, peut-être avons-nous réussi à donner aux enfants et à leurs parents &laquo;&nbsp;des racines et des ailes&nbsp;&raquo;, si nous avons pu, grâce au pouvoir de la parole, </p>
<p>- entendre l&#8217;inouï,</p>
<p>- penser l&#8217;insensé,</p>
<p>- créer l&#8217;inattendu.</p>
<p>Irène BAIZE<br />
Psychanalyste, accueillante à la Véranda</p>
<p>? Texte de Camille IRIGOYEN</p>
<p>Au nom de tous les accueillants de la Véranda, je vous remercie Monsieur Willy Barral d’avoir accepté de venir partager cette journée d’anniversaire et de réflexion.</p>
<p>Vous êtes psychanalyste.<br />
En 1990, vous avez organisé le 1er colloque international à l’UNESCO, en hommage à Madame Françoise Dolto (Colloque intitulé « la révolution des petits pas »).<br />
Vous êtes l’auteur de 2 ouvrages :<br />
« F. Dolto, c’est la parole qui fait vivre », « une théorie corporelle du langage » paru chez Gallimard<br />
En septembre 2008, vient de paraître chez Payot :<br />
« Le corps de l’enfant est le langage de l’histoire de ses parents ».<br />
C’est le titre de l’intervention que vous nous avez proposé.<br />
Veuillez nous excuser pour l’erreur d’impression qui s’est produite sur le dépliant du programme de la journée, qui déforme cet intitulé.</p>
<p>Vous rendez hommage à Madame Françoise Dolto dont vous avez été un de ses disciple et vous rendez compte de votre expérience clinique de façon riche et variée, tout en vous référant à sa théorisation de « l’image inconsciente du corps qu’elle a construite de façon très articulée, personnelle et novatrice à ce moment là.</p>
<p>Vous nous présentez de nombreuses vignettes cliniques qui viennent témoigner du statut du refoulement et de la vérité que recèle l’inconscient, venant se graver, s’inscrire dans le corps, lorsque des traumatismes des transgressions, de grandes souffrances n’ont pas pu être dites, transmises dans la parole.<br />
Ces séquences de thérapies témoignent de ce qui s’est figé dans différents symptômes fort invalidants, et vous en soulignez les conséquences trans-générationnelles, puisque la génération suivante peut en porter aveuglément le poids et la souffrance.<br />
Vous indiquez aussi, concernant les thérapies d’enfants, combien cette articulation avec les parents est nécessaire pour qu’un enfant accède à son statut de sujet et qu’il puisse engager un travail psychique pour lui-même.<br />
Vous nous dites évidemment l’efficacité symbolique de la parole par son effet de révélation, de délivrance et d’apaisement.<br />
C’est ainsi pour ma part que j’ai reçu le message de votre livre et je vous laisse nous en parler.</p>
<p>Camille IRIGOYEN<br />
Psychanalyste, accueillante à la Véranda</p>
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