Présentation de la structure d’accueil

La Véranda – Maison Verte, son originalité :

Françoise DOLTO, psychanalyste renommée et fondatrice du traitement psychanalytique avec les enfants, a inventé un lieu d’accueil original pour les tout-petits avec leurs parents, dès la conception et jusqu’à 3 ans.

Ce lieu public, convivial, permet aux parents, de partager avec d’autres familles et en présence d’accueillants, une expérience de vie et de parole, facilitant la prévention des difficultés rencontrées avec les enfants (séparations précoces, socialisation, pratique de limites, etc…)

Avec ses collègues, Françoise DOLTO ouvrit, à Paris en 1979, la première Maison Verte.

La Véranda – Maison Verte, sa spécificité :

La Véranda est un lieu d’écoute, d’accompagnement, de soutien, d’échanges, de partage d’expériences parentales.

Ce n’est ni une ludothèque, ni une halte garderie, ni une consultation thérapeutique, mais un lieu où la parole est accueillie, pour que s’élaborent bien des préoccupations :

  • pour apprendre à vivre des séparations,
  • pour des enfants, aux prises avec la complexité des liens de fratrie, lors d’une nouvelle naissance,
  • pour des parents qui inaugurent leur parentalité,
  • pour ceux qui souffrent d’isolement dans la cité lors de mutations professionnelles,
  • pour ceux qui doivent reprendre leur activité professionnelle…

Autant de situations de d’expérience qui sont source d’interrogations, de déstabilisation, de transformations.

Cadre des accueils :

Les accueils s’effectuent sans rendez-vous préalables.

Les parents avec leurs enfants sont accueillis le temps qu’ils souhaitent.

Aucun dossier n’est constitué.

L’enfant, accueilli privilégié, est nommé, par son prénom, l’accompagnant par son statut.

Une participation financière est sollicitée, le montant est laissé à la discrétion de chacun, qui ne doit se sentir ni redevable, ni assisté.

La présence d’un accompagnateur adulte est obligatoire pendant toute la durée de l’accueil.

Chaque accueil est assuré par une équipe ainsi constituée :

  • 3 professionnels accueillants,
  • Equipe mixte (toujours au moins un homme),
  • Présence quotidienne d’un psychanalyste,
  • Equipe fixe, chaque jour de la semaine,
  • Equipe différente chaque jour.

C’est un lieu de partage, un lieu où l’enfant est aidé dans son développement et conduit à se socialiser, en lien avec ses parents.

Texte Fondateur

La Véranda : Lieu d’accueil parents-enfants

Pour vous présenter « La Véranda », nous avons chois de vous communiquer quelques éléments de son histoire ; rappeler l’origine du projet en précisant quelles furent les personnes qui portèrent la conception du lieu, et qui ont contribué à sa naissance nous parait nécessaire.

Ensuite, nous envisageons le fonctionnement de ce lieu d’accueil parents-enfants en soulignant les principes de base qui le déterminent. Enfin, nous considérons ce qui constitue les divers motifs pour lesquels des enfants accompagnés de leur(s) parent(s) viennent faire « escale » à La Véranda. Pour conclure, nous insisterons sur l’importance de l’enjeu d’une telle entreprise.

Au cours de l’année 1983, plusieurs professionnels issus de disciplines différents mettent en commun leurs préoccupations relatives à une prévention précoce des troubles chez le petit enfant. En effet les puéricultrices, sages-femmes, pédiatres, éducateurs de jeunes enfants, psychologues, psychanalystes vont échanger des constats résultant de leur pratique professionnelle respective.

Si pour certains d’entre eux, le quotidien de leur activité les mettait en présence de difficultés observées autour de la naissance et face aux bouleversements engendrés par la venue au monde d’un nouvel être humain, d’autres étaient confrontés à des prises en charge thérapeutiques d’enfants ou bien d’adolescents dans le cadre de structures spécialisées, d’autres encore exerçaient leurs compétences au sein des lieux destinés à la petite enfance . Chacun, dans son secteur d’implication, composait avec des situations révélant des souffrances individuelles qui suscitèrent un éveil particulier à propos de cette question : « Comment peut-on en arriver là ? ». Puis dans un second temps, cette interrogation amenait une réflexion sur un type d’intervention auprès de l’enfant qui, selon nous, aurait pu réduire l’avènement de tels troubles.

En d’autres termes, « ce à quoi nous sommes confrontés peut-il être prévenu ? »

Il ne s’agissait pas, nous semble-t-il, de la part des participants à notre groupe, de vouloir effacer le poids du réel inhérent à l’engagement professionnel de chacun, mais bien d’envisager les moyens de prévenir les effets désorganisateurs de la souffrance. Pour cela, cerner plus précisément ce qui a fait défaut au cours du processus de maturation de l’enfant devient une priorité. Au cœur des multiples situations évoquées, l’absence de préparation à la séparation devenait un constat fréquemment renouvelé. Alors, l’idée centrale autour de laquelle s’organisa le groupe, fut l’élaboration d’un dispositif qui permette une séparation progressive entre l’environnement maternel et le petit enfant, en fonction du potentiel de chacun des protagonistes. Ainsi, durant 5 années, notre groupe a poursuivi son élaboration enrichissant ses réflexions des diverses expériences existantes à ce propos. La Maison Verte créée par Françoise DOLTO à Paris, le Jardon Couvert à Lyon figuraient comme des références de marque.

Afin de donner corps à notre projet, nous avons retenu le cadre associatif de type loi 1901 comme modalité de question du lieu d’accueil. L’Association pour un Lieu de Parole Parents-Enfants (A.L.P.P.E.) fut fondé dans l’objectif de soutenir l’enfant dans sa découverte des enjeux relationnels et de l’aider dans l’élaboration psychique indispensable aux déplacements de ses investissements. Il nous fallait alors définir un cadre qui réponde à notre souci de préparer l’enfant à la séparation.

Différents éléments nous apparurent fondamentaux pour l’efficacité de notre travail et constituèrent les bases d’édification de nos règles de fonctionnement. Il s’agit de la sécurité affective de l’enfant, l’anonymat, la parole adressée à l’enfant et la pratique des limites.

La sécurité affective de l’enfant :

Afin de favoriser chez le tout petit l’intégration progressive de l’éloignement de sa mère, il convient qu’il ne se sente pas abandonné à un sentiment d’insécurité trop intense. C’est pourquoi les adultes ne peuvent pas laisser seul(s) leur(s) enfant(s) à La Véranda ; ils restent responsables de leur(s) enfant(s) durant leur présence dans le lieu d’accueil.

Il est possible aux enfants de s’éloigner de leur(s) parent(s) selon leur besoin d’explorer, à leur rythme et durant le temps qui leur est nécessaire. Composée de 3 espaces différents, La Véranda permet d’échapper au regard de l’adulte, de revenir vérifier sa présence, de repartir si besoin.

Ces allers-retours entre le familial-protecteur et l’extérieur-étranger marquent une succession d’absence-présence au sein du même lieu, expériences au cours desquelles l’enfant s’éprouve à être seul.

L’anonymat :

L’anonymat inscrit l’assurance que le contenu des échanges reste dans le secret. Il organise la sécurité du lieu et responsabilise la démarche de ceux qui l’utilisent dans la mesure où elle les engage le temps de leur présence. Aucun dossier n’est établi, aucun suivi ne s’entreprend, aucune étude de « cas » ne s’envisage.

Notre écoute se centre sur les échanges qui s’instaurent au cours de la séance d’accueil entre les parents et les enfants plus particulièrement, mais également sur les communications qui s’organisent entre les parents, ou bien entre les différents enfants, ou bien encore avec les accueillants.

La parole adressée à l’enfant :

L’enfant est appelé par son prénom. Nous établissons avec lui une relation singulière, personnelle en le considérant comme être distinct de l’adulte qui l’accompagne. Le dernier est nommé en référence à l’enfant : la maman de Valérie, le papa de Loïc…

Lorsqu’un enfant arrive à La Véranda, chacun se présente puis nous inscrivons son prénom sur un tableau où figurent le prénom des autres enfants et celui des accueillants ; le voilà inscrit, un parmi les autres.

Une pratique des limites :

En venant dans un lieu d’accueil, l’enfant rencontre un certain nombre de règles qui diffèrent de celles déjà connues au sein de sa famille. Il se confronte à des limites qui introduisent le passage du familial au social et à l’occasion de cette rencontre avec ses limites, il nous révèle comment s’organise pour lui l’interdit. Occasion précieuse pour envisager les possibilités de socialisation de l’enfant telles qu’elles se présentent dans les paroles échangées.

Sur le plan du fonctionnement, la composition des équipes qui assurent les permanences d’accueil à La Véranda, fut l’objet d’une attention particulière. Elle nous a conduits à dégager 3 exigences qui ordonnent la structuration d’une équipe au sein de laquelle les différences des uns et des autres participent à la qualité de l’ensemble.

Ces exigences comportent :

  • la réunion de 3 personnes,
  • la mixité,
  • la présence d’une psychanalyste

Composée de trois accueillants, l’équipe se propose comme un référence autre que le couple parental ; la mixité introduit un élément de figuration possible de la complémentarité des sexes ; la présence d’un(e) psychanalyste soutient une écoute des propos tenus comme médiation de quelques chose qui cherche à se dire.

Ainsi déterminées, les «équipes chargées des permanences d’accueil interviennent successivement au cours de la semaine en fonction du jour qui leur est attribué. De cette façon, une diversité des accueils se réalise sur une même semaine à l’autre. Une telle structuration facilite les rencontres multiples pour ceux qui le souhaitent et propose une certaine continuité pour ceux qui en expriment le désir.

Les enfants et les adultes font escale à La Véranda souvent pour confier leurs joies éprouvées au sein de la famille. Ils apprécient cette possibilité de formuler des interrogations en présence d’autres personnes confrontées à des situations similaires. Le partage des expériences de chacun engagé auprès de son enfant qui grandit, vient atténuer le sentiment de solitude exprimé par de nombreuses mamans. Les enfants expérimentent la vie en groupe, révèlent au cours des enjeux relationnels leur personnalité en devenir, et conduisent fréquemment l’entourage à s’ouvrir à une nouvelle représentation de leurs capacités. L’aide mutuelle qui s’établit par les échanges réciproques, procure un réconfort ; le bénéfice d’une mise en mots des difficultés éprouvées redonne à chacun la possibilité d’une attente confiante.

L’enjeu d’une entreprise comme La Véranda réside dans la capacité du lieu d’accueil parents-enfants à rendre possible l’éclosion d’une parole novatrice qui témoigne d’une compréhension inattendue. Par la qualité de l’écoute, les propos des uns et des autres ne restent pas des représentations figées mais se métamorphosent en signes avant-coureurs de quelque chose qui cherche à se dire. Il se crée une dynamique du provisoire où chacun peut approcher l’incidence de sa subjectivité dans l’énonciation de ce qui lui pèse et s’engager dans une nouvelle élaboration.

Prévenir l’apparition de troubles précoces chez l’enfant consiste ici à renforcer son aptitude à construire, en relation avec l’adulte, sa compréhension du monde.

Dans une modernité comblée de techniques diverses qui menacent l’homme d’exil intérieur, l’enjeu de La Véranda devient la défense de l’espace psychique pour préserver au petit d’homme des capacités de rêver, de fantasmer, de créer.